samedi 30 août 2014

Musiques d'Asie de l'Est




Musique chinoise :

Genres :
Musique de noble, lettrés donc savante. Mais il existe aussi un répertoire populaire.
— jingxi (mot chinois signifiant théâtre de la capitale) : genre dramatique musical chinois, né au 18ème siècle, dans lequel les acteurs, outrageusement maquillés, déclament, chantent, dansent, miment et font parfois de l'acrobatie, accompagnés par un ensemble de plusieurs instruments. Il est connu en Occident sous le nom d’« Opéra de Pékin ». [On écrit aussi kin-si ou tsin-si.]

Histoire :

— Ts'in (249-206 av. J.C.) : ils détruisent la plupart des écrits et des instruments.
— Han (206 av. J.C. - 220 ap. J.C.) : période importante. Le courant bouddhique venu d'Inde (61-62) se propage, amenant avec lui de nouveaux rites et instruments. La musique prend de plus en plus d'importance.
— Période d'anarchie (220-618) : la Chine, alors partagée en plusieurs empires, s'imprègne de divers courants extérieurs. C'est une période d'échanges actifs (export de musiciens en Corée et au Japon).
— Tang (618-907) et Song (960-1280) : âge d'or des arts et des lettres en Chine. Les éléments traditionnels et les courants étrangers se fondent en un ensemble cohérent et homogène. La musique de cour prend une ampleur considérable. La production musicale s'enrichit considérablement et dans tous les domaines, mais particulièrement dans celui de la musique de chambre. La poésie contemporaine est mise en musique et on assiste au développement de la littérature pour le k'in, dont on perfectionne la technique, et du luth pipa.
— Yuan (1280-1368) : période mongole. Début d'une lente désintégration qui se poursuit jusqu'à la fin de la dernière dynastie. Essaye de renouer avec l'ancienne tradition musicale, de rassembler les orchestres mais le résultat est une imitation appauvrie ou déformée de la grandeur du passé. Le seul apport est l'introduction de nouveaux instruments. Importance du Yuan-k'in (musique des Yuan) = drame musical mêlant récit, chant et pantomine (origine de l'opéra chinois moderne).
— Ming (1368-1644) : période de recherches théoriques sur la tradition musicale antique et sur le tempérament égal (1596). Musique prend de plus en plus d'importance dans l'opéra (les autres genres continuent à se déprécier).
— Tshing ou dynastie mandchoue (1644-1912) : situation de l'art musical est au plus bas. Influence européenne s'accentue et la désintégration devient totale. Technique instrumentale se simplifie à l'extrême et la littérature passée tombe dans l'oubli. Seul l'opéra continue sa route (développement de styles régionaux).
— Epoque moderne : seuls subsistent des éléments traditionnels, l'opéra (qui s'étend à l'Occident) et la musique folklorique. Musique rituelle : considérablement appauvrie. Musique de cour se rencontre que dans quelques manifestations à la cour japonaise. Le gouvernement encourage les recherches sur la musique dynastique et les instruments traditionnels (kin et pipa). L'influence occidentale est très grande (instruments, genres, style).

Instruments : importance de la cithare (instrument à cordes sur table d’harmonie) comme le zheng (= guzheng) ou le guqin (à chevalet fixe) ; qin (cithare à 7 cordes de soie) ; erhu ou ehr-hu ou eur-kou ou eul-hou (vièle de 2 à 4 cordes en soie, surnommé « violon chinois ») ; pipa (luth piriforme d’origine mongole) ; sanxian (luth à 3 cordes) ; guan ou guanzi (hautbois cylindrique) ; sheng (orgue à bouche) ; dizi (flûte traversière à 6 trous) ; xiao (flûte droite en bambou) ; xun (flûte globulaire) ; sona (sorte de hautbois) ; pan-hou (vièle) ; hou-k’in ou hu-chin (vièle) ; si-kou ou sseu-hou (vièle).

Technique vocale et instrumentale : la musique instrumentale reprend le langage chinois (alphabet à ton) —> glissement de notes…
En Chine, comme dans beaucoup de pays asiatiques, on ne distinguait pas les registres vocaux. Le chanteur devait pouvoir couvrir toutes les tessitures, parfois jusqu’à 5 octaves. Il n’existait pas de différence entre ténor et baryton, pour les hommes, pas plus qu’entre soprano et contralto pour les femmes. Dans l’Opéra de Pékin, la voix masculine attribuée au jeune premier est généralement en fausset. Actuellement, dans le théâtre chinois king shi (= jingxi) et le théâtre traditionnel vietnamien hat tuông ou hat bôi, cette voix est encore l’apanage des principaux rôles masculins ou féminins. La voix de poitrine est dévolue au guerrier et la voix intermédiaire au vieillard.

Mode : pentatonique mais parfois aussi heptatonique !





Musique japonaise :

Gaku = musique. Caractère rituel. Statisme, lié à la stylisation rituelle de gestes lents. Évite consciemment les contrastes brusques.
La musique japonaise est monodique et surtout vocale. C’est une musique expressive, qui donne une impression de lenteur et de maîtrise parfois étrange.

Genres :
Gagaku = musique de cour.
(abréviation de nôgaku = art) = théâtre japonais masqué.
Shômyô (voie radieuse) = chant liturgique bouddhique.
Kabuki = mélange de comédie (dialogue + chant) et danse.
Jôruri et bunraku = spectacles de marionnettes.

Histoire :
Le Japon est sans doute un des rares pays où l'on puisse entendre aujourd'hui de la musique remontant au VIIIe siècle et où une dizaine de genres musicaux traditionnels se sont transmis, sans interruption sinon sans modification, jusqu'à notre époque. Ces genres reflètent les vicissitudes de la tradition musicale japonaise, dont les douze siècles d'histoire se divisent en quatre périodes distinctes, avant d'arriver à la musique contemporaine.

— La période préhistorique (2ème siècle av. J.-C. – 7ème siècle après J.-C.) correspond au développement de la musique autochtone avant tout contact avec le continent chinois.
— La période antique (7ème siècle – 12ème siècle) est marquée par l'introduction et l'assimilation de genres musicaux venus d'Asie. La réforme musicale du 9ème siècle atteste à quel point cette musique d'importation s'est adaptée à l'esthétique japonaise.
— La période médiévale (12ème siècle – 16ème siècle) se caractérise par le retour à la tradition autochtone et l'apparition de nouveaux genres musicaux - tels le Heike Biwa (épopée de Heike chantée et récitée avec accompagnement de Biwa) et le Nô (théâtre chanté, dialogué, dansé, avec accompagnement instrumental) - stimulés par l'installation au pouvoir d'une nouvelle classe dirigeante militaire.
— La période moderne (17ème siècle – 19ème siècle) voit l'épanouissement de la musique citadine, avec des pièces pour Koto (cithare à treize cordes), Shakuhachi (flûte verticale à cinq trous) et surtout pour Shamisen. Ce luth à trois cordes, importé des îles Ryûkyû au 16ème siècle est devenu le symbole même de la musique citadine. De nouvelles formes théâtrales, telles que le Bunraku (théâtre de marionnettes chanté et récité), le Kabuki (théâtre chanté, dialogué et dansé avec accompagnement instrumental) et des formes vocales comme Jiuta, Kouta, Nagauta, Tokiwazu ou Kiyomoto se développent en utilisant le Shamisen.

Si certains des genres que nous venons d'évoquer ont connu des moments de stagnation (par exemple le Gagaku ou le Shômyô au 16ème et le Nô au 19ème siècle) et si le répertoire ne s'est pas intégralement conservé, il est cependant remarquable que la diversité de cette tradition musicale, couvrant douze siècles, ait survécu jusqu'à l'heure actuelle.

Principaux instruments : shamisen (luth à 3 cordes) ; koto (cithare à 13 cordes), ken et shô (orgues à bouche), biwa (luth à 4 cordes), shakuhachi (flûte droite à 5 trous) ; hichiriki (sorte de hautbois) ; taiko (terme générique pour désigner les différentes sortes de tambours).

Echelles : les échelles les plus courantes sont appelées ryo et ritsu. Quant à la musique populaire, elle recourt à d’autres échelles dites in et yo. Le théâtre nô, enfin, utilise une échelle à trois degrés, distants chacun d’une quarte. La plupart des pièces de musique pour le koto ont été écrites avec l’échelle In. Les deux principaux accords du koto (cithare japonaise à 13 cordes) sont les suivants : hirajoshi et kumoï.

Echelle de la musique gagaku :
Ryo :

Ritsu :

Dans la musique pour koto :
In :

Yo :

Accord du koto :
Hira-joshi :

Kumoï-joshi :


Technique vocale et instrumentale : vibratos irréguliers et très amples, fluctuation des sons, gravité des timbres, attaque glissante par dessous, pour la technique vocale. Quant à la technique instrumentale, elle recourt à des procédés spécifiques, en particulier les glissandi, la répétition accélérée d’une note, l’ondulation des sons, et des bruitages comme le bruit du souffle, de la frappe sur la table d’harmonie du biwa, des cris dans le nô, et du frottement des cordes du koto, etc.
Au Japon, plusieurs distinctions peuvent s’opérer dans la technique vocale :
— dans le théâtre No, le rôle principal fait appel à la voix pharyngée.
— le shomyo (la voix radieuse ou la clarté de la voix) correspond à une manière de réciter les sutra (textes bouddhiques) avec un timbre très nasillard.
— dans le théâtre de marionnettes bunraku le récitant, appelé gidayu, pratique une technique vocale particulière passant de la voix de gorge via la voix nasale jusqu’à la voix de tête.
— dans le théâtre kabuki japonais, les hommes qui jouent les rôles de femmes doivent employer la voix de fausset ou la voix de tête tosei pour créer l’indispensable tension émotionnelle.



Musique vietnamienne :

Essor de la musique et de la danse pendant la période Văn Lang (2879 – 258 av. J.C.).
La musique vietnamienne est un mélange de plusieurs courants musicaux (domination chinoise pendant près de 1000 ans). De cette situation particulière, on peut dire que la musique vietnamienne subit 2 influences principales : musique chinoise (notion de mode, de gamme pentatonique / les 5 éléments de la nature), musique indienne avec la notion des nuances.
C’est une musique d’essence monodique, où l’ornementation de la mélodie (effets de glissement ou de fluctuation) joue un grand rôle. Il ne faut pas oublier non plus que le vietnamien est ce que l’on appelle une « langue à tons », avec 6 tons différents, donc « mélodique » déjà par elle-même.

Genres :
— musique de théâtre de Cour (phuong nhà tro
— la musique de théâtre traditionnel (hat tuong)
— musique pure et la musique symphonique (Am nhac thuân tuy)
— le chant de chanteuses (hat a dào)

La voix prédomine dans la musique de chambre et dans la musique de théâtre. Et les instruments ont alors plus une fonction d’accompagnement de la voix dans ces genres.

Chronologie :
En dehors des origines obscures, on peut distinguer 4 périodes depuis la fondation de la première dynastie vietnamienne, celle des Dinh (968-980), jusqu’à nos jours.
1ère période (10ème au 14ème siècle) : influence conjuguée de l’élément indien et de l’élément chinois.
2ème période (15ème au 18ème siècle) : prédominance de l’élément chinois.
3ème période (début 19ème jusqu’à la veille de la seconde Guerre mondiale) : affirmation de la personnalité et de l’originalité de la musique vietnamienne. Début de l’influence de la musique occidentale.
4ème période (depuis 1945 jusqu’à nos jours) : déclin et tentatives de restauration de la musique traditionnelle. Développement d’une musique de style européen.

Principaux instruments : dich et sao (flûtes traversières) ; tiêu (flûte droite) ; kèn (hautbois) ; Dan Tranh ou Dan thâp luc (cithare à 16 cordes) ; Dan Tam Thap Luc (cithare à 36 cordes) ; Dan Bâu ou Dan dôc huyên (monocorde) ; Dan kìm ou Dan Nguyêt (luth à 2 cordes en forme de lune) ; dan doan ou dan nhât (luth à 2 cordes et à manche court) ; Dan xên (luth) ; dan tam et dan day (luth à 3 cordes) ; Dan Ty-Bà (luth piriforme à 4 cordes) ; Dan Cò ou Dan nhi (viole) ; Dan gao ou Dan hô (viole) ; chuông ou chung (cloches) ; châp choã (cymbales) ; chiêng, lênh, thanh-la (gongs) ; Cái Phách (cliquette en bois) ; (tambour de bois) ; Dan To-Rung ou T’rung (percussion en bambou) ; Dan Klongput ou klongput (percussion en bambou).

Technique vocale et instrumentale : chanteurs et musiciens usent beaucoup des ornementations pour individualiser l’expression de la pièce. Le langage vietnamien (alphabet à ton) influence l’ornementation de la musique vocale.
Au Viêt-Nam, la technique du vibrato vocal appelée dô hôt (= laisser tomber les grains de perles sur le cristal) est comparable au tahrir iranien et au tana indien. Elle caractérise la voix des chanteuses professionnelles hat a dao ou ca tru qui ressemble effectivement au bruit d’une perle rebondissant plusieurs fois sur une table.
C’est dans le théâtre traditionnel du Viêt-Nam que l’on trouve les techniques vocales les plus originales. Chacune d’elles est en effet liée à une partie du corps humain. La voix intestinale giong ruôt exprime la douleur, la voix du foie giong gan la colère… Il est également fait mention de la voix thoracique giong nguc, de la voix pharyngée giong hâu, de la voix nasale giong mui, de la voix de mâchoire giong ham, de la voix cervicale giong oc

Rythme et métrique : la syncope caractérise la musique vietnamienne (ce qui la distingue de la musique chinoise). Certaines pièces sont sans mesures et sans métrique. Utilisation de rythmes non métriques. Utilisation de la polyrythmie et de cycles rythmiques de 1, 2, 3, 4 et 8 pulsations (avec importance de la dernière pulsation [comme Indonésie…]). Les mesures ternaires sont très rares.
3 principaux mouvements métronomiques : hoãn diêu (= lent), binh diêu (= modéré) et câp diêu (= rapide).

Théorie : les notes utilisées dans la musique vietnamienne sont : Ho, Xu, Y, Sang, xe, Cong, Fan.
On rencontre dans la musique vietnamienne des échelles ditoniques, tritoniques, tétratoniques et pentatoniques, avec ou sans degrés auxiliaires. L’échelle de base est la suivante :
Ces degrés n’ont pas de hauteur absolue. Cette échelle de base peut prendre plusieurs aspects d’octave, différents selon les « diêu » (= modes). Dans la musique savante, on distingue 2 groupes de diêu, Bac et Nam, avec des « nuances modales » (hoi).
46 điệu dans la musique de chambre des régions du Nord. 20 dans les régions centrales. 80 dans les régions du Sud.
Echelle nam :

En résumé la musique traditionnelle Vietnamienne est caractérisée par 2 modes BAC et NAM qui traduisent des sentiments Gais et Triste. Ces Modes sont qualifiées par des nuances qui précisent un peu plus ces sentiments : exemple Mode BAC et nuance THIEN qui exprime la sérénité dans la musique religieuse, mode BAC et nuance QUANG qui exprime des airs teintés de musique chinoise. Il existent une multitude de nuances (XUAN / printemps, AI / lamentation, OAN / Dramatique, CO / Nostalgie, PHA / Mélange ….).



Musique coréenne :

Genres :
Musique de cour aak
Musique sogak (musique roturière) :
chongak, « musique correcte », musique instrumentale destinée aux banquets
sanjo est un solo instrumental
kagok est un chant lyrique, accompagné par un petit ensemble instrumental
p’ansori parfois surnommé « opéra coréen » est un long récit dramatique mi-déclamé mi-chanté par un artiste soliste accompagné au tambour tonneau puk.
Musique religieuse : prières chantées et récitées yombul, chants sacrés pumpae et des danses de cérémonie chak bop.
musique chamanique : sinawi

Instruments : kayageum ou kayakeum ou kayago (cithare à caisse de résonance en bois de paulownia sur laquelle sont tendues 12 cordes en soie) ; komungo (cithare à 6 cordes en soie et 16 frettes fixées sur la table d’harmonie) ; haegeum (vièle à deux cordes) ; flûtes traversières en bambou : taegeum, chung geum, sogeum ; piri (petit hautbois de bambou cylindrique) ; puk (tambour tonneau à deux faces) ; jippak (cliquettes) ; chwago (tambour cylindrique à deux faces) ; sogo (petit tambour à manche et à deux peaux) ; wol-geum (luth).


Technique vocale : en Corée, différents types de voix ornées se pratiquent dans le cadre du théâtre populaire pansori : la voix rauque suri song, la voix cassée, la voix de cloche, la voix relaxée et la voix au grand vibrato…