Histoire de la musique arabe (Gérard Pernon)

Histoire de la musique arabe
in Histoire de la musique de Gérard Pernon (éd. Jean Paul Gisserot)

Jamîla : « Le beau ne convient qu’au beau »
La musique arabe, essentiellement liée à la poésie, doit peut-être beaucoup à la marche balancée des chameaux. Du moins le hidâ, le chant des chameliers, est- il une des formes les plus anciennes de cette musique. Le terme de musique (mûsîqî), selon une légende, serait issu de la contraction de Yâ mûsâ sqî, ordre donné par Gabriel à Moïse de donner à boire à son peuple.
Les Persans mettaient en correspondance les douze signes du zodiaque et les douze modes de leur musique, dont s’inspirèrent les Arabes. Les modes, ou maqâm, désignaient les cadres mélodiques traditionnels. Sous l’influence des Persans et des esclaves, grecs en particulier, la musique arabe se fit de plus en plus raffinée, pour le plaisir des califes.
Si l’évolution de la musique arabe dû beaucoup aux esclaves, c’est parce que Mahomet avait préféré tenir la musique sous surveillance. Celle-ci, pensait-il, devait servir le « bien », c’est-à-dire l’Islam : chant du muezzin pour appeler à la prière, cantillation du Coran, chants de fêtes religieuses, etc. La musique traditionnelle s’identifia donc à celle pratiquée dans les mosquées.
La musique profane fut laissée aux soins des esclaves et des musiciens entre tenus par les califes. Les plus brillants de ceux-ci appartinrent à la dynastie Abbasside (8ème – 13ème siècle). Les « Mille et une nuits » ont rendu célèbre l’un d’eux, Hârun al-Rashid. Alors s’épanouit le chant poétique (ghinâ’). Par la suite, la musique arabe subit un déclin qui s’accentua avec la domination turque. Elle avait eu le temps d’influencer les Occidentaux, au moment des croisades et de l’occupation de l’Espagne.
La musique arabe, de caractère modal, fut surtout vocale et monodique. La mélodie, où abondaient ornements, fioritures et raffinements, y tenait un rôle majeur. Elle épousait la versification. Les instruments la soutenaient, la rythmaient et assuraient des interludes.
Transmis oralement, cet art n’était pas noté. Il y eut pourtant, très tôt, des théoriciens — citons Avicenne, au 11ème siècle — et des recueils, comme le « Livre des chansons », du 10ème siècle. Le chant pouvait prendre la forme de la prière, de l’in vocation, du chant de procession, lors des pèlerinages à La Mecque notamment, du chant guerrier, funèbre, avec les pleureuses, ou de la chanson d’amour. Certains chanteurs restèrent dans les mémoires, Ishâq par exemple, qui mit à la mode la voix de fausset au 9ème siècle. Quant à la chanteuse Jamîla, son talent passait pour provoquer l’extase, voire l’évanouissement.
La chanson populaire arabe, qui laisse une part considérable aux thèmes amoureux, est généralement mélancolique et d’une grande pudeur quant à l’expression des sentiments.
L’instrument roi de la musique arabe a été al-ûd (« le bois »), c’est-à-dire le luth, à trois puis à quatre cordes. Ziryâb, célèbre en Andalousie au 9ème siècle, lui donna cinq cordes et inventa le plectre (un bec d’aigle, à l’origine) pour les mettre en vibration. Le luth permettait de soutenir la mélodie.
Les Arabes connaissaient de nombreux instruments à cordes : al-tanbûra ou tunbûr (à cordes métalliques), al-qânum (la cithare), al-rabâb (une sorte de vièle), etc. Ils soufflaient dans al-nây (la flûte) ou dans al-zamr (une sorte de haut bois), ainsi que dans des cornes et trompettes. Il faut ajouter les percussions : tambours, tambourins, castagnettes, al-darabukka à la forme de vase de terre cuite, qui se tenait sous le bras, etc.
Tous ces moyens conspiraient au tarab, à l’extase qui constituait la finalité de la musique. N’oublions pas que c’est dans un sentiment d’extase provoquée par le chant d’un ange qu’Adam reçut une âme. C’est du moins ce que raconte une chronique arabe.
Les pays arabes se sont largement ouverts à la musique occidentale au 19ème siècle mais, dès le début du 20ème, un effort a été réalisé, en Egypte notamment, pour sauvegarder la musique traditionnelle. Cet effort a porté fruits, grâce à de remarquables artistes comme la célèbre Oum Kalsoum.
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À propos de nicolas martello

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