Janequin - Le chant des oylseaulx


« Le chant des oiseaux » : cette chanson apparut en 1528 chez Attaingnant dans un recueil qui n’est pas la toute première anthologie mais qui est un recueil dévolu à Janequin (« Chansons de Maistre Clement Janequin ») qui contient aussi « La guerre » et « Le chant de l’Alouette ». Ce « chant des oiseaux » est une chanson à refrain que l’on pourrait peut-être apparenter au virelai. Elle comporte 4 couplets : le 1er couplet est consacré aux oiseaux en général, le 2ème couplet au petit sansonnet de Paris, le 3ème au rossignol et le 4ème au coucou. Chacun de ces couplets commence par une partie discursive (c’est à dire une partie qui supporte du texte) puis le langage se transforme petit à petit (dans chaque strophe) en en une polyphonie d’onomatopées qui trouve toute sa virtuosité dans le couplet du rossignol. Cette chanson s’apparente aussi à la vieille tradition des chansons de mai, des chansons de printemps. C’est une esthétique qui est bien aux antipodes des longues plaintes amoureuses de Marguerite d’Autriche...
'Le chant des oylseaulx'
De tout temps, les poètes ont associé le printemps et les oiseaux à l’amour et à la musique. Ce parallèle allégorique repose en partie sur la métaphore de l’éveil : éveil des oiseaux dans le jour naissant, de la nature au mois de mai, des sens et de la passion dans le cœur des amants. Oiseaux, printemps, amour et musique ont en commun l’exubérance – celle du chant, symbolisée en poésie par les oiseaux, et en musique par la voix humaine imitant l’oiseau au moyen d’associations verbales métaphoriques. La Renaissance foisonne de chansons fondées sur cette association, certaines s’attachant à exploiter les possibilités descriptives ou imitatives des textes, d’autres leurs qualités intellectuelles et expressives. En France, deux compositeurs parmi les plus doués de leur génération exploitèrent au maximum chacune de ces possibilités : Clément Janequin dans la première partie du XVIe siècle et Claude Lejeune dans la seconde.
À l’instar de la plupart des musiciens de la Renaissance, Janequin était un ecclésiastique. Rattaché dans un premier temps à diverses églises de la province de Bordeaux dont il était originaire, il fut ensuite nommé à la cathédrale d’Auch puis d’Angers, avant d’aller s’établir à Paris dans les années 1540. D’abord chantre, puis vers la fin de sa vie, compositeur du roi, Janequin parvint à se tailler une solide réputation de compositeur (nous lui devons plus de deux cent cinquante chansons) bien que n’étant officiellement rattaché ni à une cathédrale ni à la cour de France. Cette renommée, durant ses années de jeunesse tout au moins, reposait pour l’essentiel sur sa capacité à composer de longues pièces narratives et descriptives comme La chasse ou Les cris de Paris, que le grand imprimeur libraire de Paris, Pierre Attaingnant, contribua à divulguer largement à la fin des années 1520.
Le chant des oyseaulx est sans conteste l’une de ses pièces les plus célèbres. Avant tout descriptive et fondée sur l’imitation syllabique, sansonnets et rossignols y rivalisent de virtuosité. Les premiers vers du texte nous offrent un large aperçu des variantes métaphoriques rattachées au chant des oiseaux et au printemps : 
Réveillez vous cueurs endormis,
Le dieu d'amours vous sonne.
A ce premier jour de may
Oyseaulx feront merveilles. 
Typique de la chanson descriptive, la pièce est traitée en phrases courtes et simples dont l’intérêt musical repose sur des jeux rythmiques enlevés et un enchevêtrement brillant des voix plutôt que sur le lyrisme mélodique ou le contrepoint savant. Dans la même veine, Le chant de l’alouette, à l’instar de nombreuses compositions de Janequin, inspira des arrangements pour instruments seuls comme celui pour guitare de Grégoire Brayssing.
La débordante vitalité rythmique de Janequin se retrouve également dans ses pièces plus courtes et conventionnelles. Certaines (comme Ce moy de may, A ce joli mois de may, et M’amye a eut) se concentrent sur l’exubérance – charnelle et spirituelle – du printemps.
D’autres s’en reviennent au thème des oiseaux, mais traités cette fois en métaphores poétiques et non plus en simples objets d’imitation. Ainsi, le rossignol devient le messager des amoureux dans Va Rossignol et le symbole de l’amour naissant dans Bel aubépin, tandis que l’hirondelle et le coucou nous parlent de l’infidélité dans Si Dieu et Si le coqu. Sur l’aubépin et Si Dieu vouloit puisent leur argument dans le mythe classique de Progne et Philomel, deux sœurs transformées l’une en hirondelle et l’autre en rossignol dans les Métamorphoses d’Ovide, et plus tard repris par Esope et La Fontaine. Lorsque les oiseaux se taisent, comme dans Quelqu’un me disoit, c’est la fin des amours ou même, comme dans Qu’est devenu ce bel œil de Lejeune, la fin de la vie elle-même.
Quoi que plus riche d’événements, la carrière de Claude Lejeune n’en fut pas moins hasardeuse que celle de Janequin. D’obédience protestante à une époque de fortes tensions religieuses, il connut des hauts et des bas. Tantôt au service de la famille royale, tantôt sous la protection de nobles huguenots, il dut quitter Paris en hâte pour sauver sa peau, laissant derrière lui ses manuscrits qui, sans l’intervention d’un ami et collègue catholique, auraient disparu dans les flammes.
Dans les années 1570, alors qu’il était au sommet de sa carrière, Lejeune fut l’une des figures marquantes de la très confidentielle Académie de Poésie et de Musique, fondée par le poète Jean-Antoine de Baïf ; l’équivalent français, quoi que plus guindé, des camerate (ou sociétés intellectuelles) italiennes sous l’impulsion desquelles l’opéra vit le jour à la fin du XVIe siècle. De sa fructueuse collaboration avec l’Académie, et en particulier avec de Baïf, nous est resté un recueil posthume de chansons intitulé Le Printens au nombre desquelles se trouve Voicy du gay printemps. Certaines de ces pièces à la poésie raffinée appliquent les principes de l’Académie en matière de versification et de musique mesurée à l’antique qui entendaient conjuguer les règles de la versification classique et celles de la poésie française moderne moyennant un contrôle strict de la valeur des notes. Il en résulta une forme de musique ésotérique mais néanmoins, entre les mains de Lejeune, saisissante, avec très peu de contrepoint mais à la rythmique si libre qu’elle abandonne fréquemment toute notion de battue régulière. Le Printens comporte également deux superbes hommages à Janequin, versions remaniées du Chant de l’alouette et du Chant du Rossignol, auxquelles des vers ont été rajoutés.
Une autre tentative expérimentale de l’Académie - moins bien documentée celle-là - consistait à remettre à l’honneur la théorie harmonique grecque, qui a sans doute inspiré Qu’est devenu ce bel œil, une élégie de Lejeune sur le thème de l’amour et la mort. 
Moins raffinés, quoi qu’abordant les thèmes du printemps et des oiseaux, et peut-être plus authentiquement rustiques, sont les textes en patois comme celui de Débat de nostre tril’en may, également connu sous le titre de Vilagoise de Gascogne.
Tenter de reproduire la complexité de chansons imitatives dominées par le texte sur un modeste instrument comme la guitare à quatre choeurs de la Renaissance, était, à tout le moins, une entreprise audacieuse. Mais sans doute la gageure était-elle irrésistible, car nombreux furent les musiciens de tous bords à la relever. C’est ainsi que Grégoire Brayssing, un luthiste d’origine allemande résidant à Paris, jeta son dévolu sur le chant de L’alouette, tandis qu’Adrian Le Roy – imprimeur musical de son état - s’attelait plus modestement à l’arrangement pour guitare solo de Quand viendra la clarté d’Arcadelt (bien que la partition comporte les paroles et la musique, la partie pour guitare y figure à part). Pour être des œuvres instrumentale pures, les Fantaisie et Prélude qui précèdent ces arrangements n’en comportent pas moins des allusions aux oiseaux, ainsi que l’atteste la présence de la grue, dans la Fantaisie de Brayssing.
Jonathan Le Cocq, novembre 2004
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À propos de nicolas martello

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