L’accordéon

Pièce de fabrication française peinte à la main, non signée, vers 1860. 17 grandes touches, 22 petites touches avec jumelles et 2 basses, coll. Mornichon)

La naissance de l’accordéon coïncide avec le début de la période romantique, caractérisée par la recherche de l’expression. En fait, l’accordéon est le résultat accidentel d’expériences entreprises pour utiliser le système de l’anche libre métallique sur de nouveaux instruments de musique.

L’accordéon primitif a pour ancêtre le cheng chinois (3000 av. J-C). Les khenes, laotien et divers instruments, représentant une grande famille, classés dans les orgues à bouche en Occident.
A partir de la fin du XVIIIe siècle (1780) de nombreux facteurs tentent d’équiper des pianos ou des orgues avec cette petite lame métallique (anche), fascinés par son pouvoir expressif. Cependant, ils accumuleront les échecs jusqu’au moment de trouver une ventilation judicieuse pour mettre cette anche en vibration et lui garder ses qualités propres.

Ainsi, entre les premiers essais produits (instruments, machines parlantes, boîtes à musique) et les derniers brevets relatifs au système de l’anche libre métallique, plus de 350 prototypes verront le jour, parmi lesquels l’orchestrion (1789), l’orgue expressif (1810), le physharmonica (1818), l’harmonium (1842), l’harmonica qui deviendra l’accordéon traditionnel (1897), l’harmonéon (1950) dit « accordéon de concert. De tous ces essais plus ou moins heureux, l’accordéon subsistera.
L’évolution de l’accordéon peut se subdiviser en plusieurs étapes, chaque étape pouvant être représentée par un modèle caractéristique : L’accordéon romantique (1829) L’accordéon folklorique (1880) L’accordéon populaire ou traditionnel (1900) L’ accordéon à 3 claviers (1912) L’accordéon de concert dit harmonéon (1950). Bien entendu, ces diverses mutations se chevauchent ou s’interpénètrent sans coupures Brutales.
L’autrichien Cyrill Demain (1772-1847) facteur d’orgues et de pianos à Vienne est l’inventeur de l’accordéon. Son brevet a été déposé le 6 mai 1829 et prolongé en 1831. Son instrument se présentait sous la forme d’une petite caisse en bois de 21 cm de longueur sur 9 cm de largeur pour une hauteur de 7 cm dans laquelle est compris un soufflet de 3 plis. Sur le couvercle coulissant de cette boîte, un clavier de 5 touches permet de commander 5 soupapes par lesquelles l’air entre ou sort, mettant en vibration les anches libres situées à l’intérieur. Chaque touche donne 2 accords différents, selon que l’on « tire » ou que l’on « pousse » le soufflet, qui peuvent être entendus « doucement » ou « fortement » selon la pression donnée.
Dès 1830, l’accordéon arrive à Paris par Khel et Strasbourg chez les marchands de musique spécialisés dans la vente des harmonicas à bouche : Buffet, Siguret, Charrière, Chameroy. On appelle alors ce nouveau venu harmonica à clavier, harmonica à soufflet, harmonica à main. En 1831, Pichenot jeune, le fait modifier par Nisard (suppression des accords de Demian) et imprime une méthode indiquant la façon de se servir du « nouveau clavier à 8 touches, donnant 16 notes » (une note en tirant, une note en poussant). En 1832, Reisner ouvre un atelier suivi par Foulon en 1834. A partir de 1836, le mot accordéon devient courant chez les nouveaux fabricants : Alexandre, Duvernoy, Kaneguissert, Marix, Wurtel, ce dernier revendiquant l’introduction de l’accordéon en France.
Sitôt né, l’accordéon devient à la mode et pénètre dans les salons de la bourgeoisie. A ce moment, l’accordéon va se répandre dans le monde et connaître un engouement considérable, malgré ses métamorphoses multiples et une évolution des plus fantasques. Ainsi, parti d’un unique clavier de 5 touches, il se retrouvera vers 1850 avec 2 claviers. Le clavier du haut avec 14 grandes touches (tons) et 18 petites touches (demis-tons) et celui du bas avec deux soupapes donnant des accords. De 1850 à 1870, on cherche à développer le clavier du bas qui passe de 2 à 6 accords (tonique-dominante) pour soutenir celui du haut contenant deux rangées avec tons, demis-tons, jumelles.
Passé 1870, certains fabricants présentent de nouveaux modèles à 1, 2 ou 3 rangées de tonalités différentes (sol-do-si) complétés d’un clavier de 2 à 24 basses, chaque bouton de basse donnant le même accord que l’on tire ou que l’on pousse le soufflet. Dès ce moment, il devient possible de jouer tous les sons d’une gamme en tenant le même accord mais la contrainte « tirez/poussez » n’est pas évités au clavier mélodique et l’on se rend vite compte que le clavier d’accompagnement deviendra un monstre exigeant 3 lames vibrantes par accord et autant de boutons que d’accords. Cependant sa conception et son prix modeste le font apprécier par une nouvelle clientèle. L’accordéon quitte les salons et pénètre dans les campagnes. C’est alors qu’apparaît un nouveau modèle (1897) dit harmonica lancé à Paris par la fabrique Paolo Soprani.
Cette opposition « diatonique/chromatique » déclenche alors une avalanche de projets, systèmes, prototypes (plus de 200) et entraîne une recrudescence de la fabrication dont l’ampleur devient considérable.
Après 1940, l’accordéon cherche à pénétrer dans les salles de concert. En 1948, pour répondre à 3 points essentiels :technique, esthétique, pédagogique. Pierre Monichon réalise l’harmonéon ou accordéon de concert, abriqué par Busato. Ce modèle original à 2 claviers identiques (même disposition des touches – même grosseur des boutons – abolition des accords) peut aborder tous les styles d’écriture. En 1950, une école se forme – Ecole de paris – dont le rayonnement dépasse largement nos frontières. Grand pris de Rome, Alain Abbott devient, après son récital au Conservatoire de Paris, en 1959, le représentant très écouté du mouvement. Actuellement, Crosio et Maugein fabriquent ce modèle et de nombreux compositeurs découvrent, après Abbott, un nouveau moyen de s’exprimer. Dubois, Sauguet, Landowski, Revel, Damase, Aubin, Werner, Weber.
En 1975, l’accordéon de concert figure dans les cours d’histoire de la Musique et d’organologie et offre aux candidats musiciens l’occasion de pouvoir participer aux examens supérieurs au même titre que les instruments traditionnels. De nos jours, il est présent dans de nombreux conservatoires nationaux ou écoles de musique. C’est dire si ses réelles qualités ont fini par l’imposer malgré les vicissitudes de ses nombreuses mutations.

Description
L’accordéon est un instrument à vent, utilisant le principe de l’anche libre métallique comme système sonore. Un soufflet à main, placé entre ses 2 claviers, permet un contrôle permanent de la pression d’air (compression-aspiration) et utilise ainsi au maximum les qualités expressives de l’anche métallique.
Instrument de soliste par excellence, l’accordéon de concert (harmonéon) a, du piano, le pouvoir harmonique, du violon les qualités mélodiques et de l’orgue, le jeu polyphonique. Les traits de virtuosité les plus compliqués lui permettent de mettre en valeur sa très grande vélocité et il est, certainement, le seul instrument capable de « filer » plusieurs sons en même temps.
Fidèle serviteur de la voix dont il peut épouser toutes les inflexions, il apparaît aujourd’hui au milieu de l’orchestre symphonique où son timbre se marie fort bien avec les différents groupes.
L’ensemble des boutons, répartis en 3 rangées, constitue le côté original de son clavier. Comme il faut utiliser les 3 rangées pour construire une gamme, la distance d’octave est la moitié (8 cm) de celle du piano, détail donnant l’explication de sa très grande étendue.


Répertoire :
Abbott :Concerto n°2, Toccata, Dubois: Concerto, Sciortino: Phoescence, Lutèce Concerto, Zolotarlev: Sonate n°3, Tessier: Trièdre, Sichler: Trio.
Dossier de Pierre Monichon, professeur au conservatoire national de région d’Aubervilliers et La Courneuve.
Angel Luis Castaño (Espagne) au bayan, accordéon classique (de concert) Choral de J.S. Bach au Festival des Arts sacrés à Madrid .
trio d'accordéons: Rondo Capriccioso de Vladislav Zolotariew
Personnellement j'ai commencé à aimer l'accordéon par hasard, le jour où j'ai passé ma médaille de piano, en écoutant un candidat jouer une oeuvre contemporaine, j'ai trouvé çà très impressionnant, et beau.
Sofia Gubaidulina - Et expecto I
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À propos de nicolas martello

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