Typologie des cordophones



Les cordes ou cordophones


La famille des CORDOPHONES correspond aux instruments pourvus de corde(s) dont la mise en vibration par quelque moyen que ce soit (pincement, frappement, frottement, voire par le fait de souffler) produit un son. La façon dont les éléments structurants sont agencés détermine ensuite les sous-ensembles :




1 - arc musical
Une corde tendue entre les deux bouts d’une branche.

2 - pluriarc
Plusieurs arcs rassemblés dans une caisse.

3 - harpe
Cordes tendues entre une caisse de résonance et un manche droit ou courbe formant un angle. Cordes perpendiculaires au plan de l’instrument (superposées).
> harpe-luth : caisse et un manche droit situé dans le même plan rectiligne.
> harpe-cithare : cordes superposées sur une caisse seulement.


4 - luth
Cordes pincées tendues entre une caisse et un manche droit situé dans le même plan. Cordes parallèles.
harpe-luth : cordes superposées, plan perpendiculaire.

5 - vièle
Cordes frottées tendues entre une caisse et un manche droit situé dans le même plan. Cordes parallèles.

6 - lyre
Cordes tendues entre une caisse et un manche opposés, reliés par deux montants.

7 - cithare
Cordes parallèles tendues d’un bout à l’autre d’un corps de résonance.
> harpe-cithare : cordes superposées, plan perpendiculaire.



L’arc musical


L’arc musical est le cordophone le plus simple dans sa structure, et à ce titre on reconnaît en lui, à tort ou à raison, l’ancêtre de tous les autres. Il se présente grosso modo comme un arc, d’où son nom. Il n’a généralement pas de caisse de résonance fixe (c’est la bouche qui, comme sur la guimbarde sert de caisse, modulable). La corde est frappée par une petite baguette.

Un type un peu plus développé comprend une caisse de résonance formée par une calebasse ou une noix de coco ouverte qui amplifie la sonorité propre de la corde frappée. On est donc face à un cordophone composé, comme beaucoup d’autres d’une corde, d’un manche supportant la corde et d’une caisse. Cet arc est joué par pincement et par frappement.

On note que certains arcs musicaux peuvent être jouée par soufflement.


Méthodes de jeu de l'arc musical. On peut faire vibrer la corde en la pinçant avec le doigt (a), en la frappant ou en la frottant avec une baguette ou un plectre (b), ou en jouant avec un deuxième arc plus petit (c)





Musiciens africain (a) et hawaîen (b). Une des façons les plus courantes d'obtenir un résonateur avec un arc simple, c'est de le tenir dans la bouche. Le son est à la fois amplifié et modifié par l'adjonction du résonateur.




Pluriarc

Le pluriarc est constitué par le rassemblement de plusieurs arcs sur une caisse de résonance qui leur est commune.
Essentiellement africain, il est joué par pincement.

Pluriarc africain



Harpe

La harpe reprend la notion de pluralité de cordes mais au lieu que chacune soit tendue sur un arc constituant son propre manche, toutes les cordes sont attachées à un manche unique. La caisse et le manche sont dans le prolongement l’un de l’autre, formant un angle plus moins ouvert. Les cordes sont superposées les unes aux autres dans un plan perpendiculaire à l’instrument.
La harpe ne connaît que le mode de mise en vibration des cordes par pincement. Il faut noter aussi que la disposition des cordes ne permet pas leur raccourcissement par appui sur le manche. Chaque corde sonne à vide et ne donne qu’un son. La harpe de la musique classique occidentale est celle qui possède l’ambitus le plus élevé grâce à un grand nombre de cordes accordables en cours de jeu par un système de pédales actionnant des sortes de crochets.
Il existe deux types principaux de harpes : arquée (la plus répandue), et fourchue.


Harpe arquée zandé (Afrique centrale)




La différence fondamentale entre la harpe (a) et la lyre (b). Les cordes de la harpe sont tendues à angle oblique entre le résonateur et la console. Les cordes de la lyre vont du résonateur au joug soutenu par deux montants.



Harpe-luth

La harpe-luth est un cas hybride. Le manche et la caisse sont dans l’alignement l’un de l’autre (caractéristique du luth) mais un chevalet à crans permet une disposition superposée des cordes comme sur la harpe. Cas typiquement africain, un bon exemple est celui donné par la kora. Si le terme harpe vient avant celui de luth, c’est bien parce que musicalement, le résultat sonore est celui d’une harpe. On ne peut pas raccourcir les cordes contre le manche étant donnée leur superposition.
Harpe-luth kora (instrument de l’Ouest-Afrique)



Harpe-cithare

La harpe-cithare est un mélange de harpe, en raison d’un chevalet à crans qui superpose les cordes, et de cithare car il n’y a pas de manche : les cordes sont tendues d’un bout à l’autre de la caisse.

Le mvet du Gabon est le principal représentant du type, à cordes pincées :



On voit que le fait de s’intéresser à la façon dont les éléments présents sont disposés les uns par rapport aux autres est très important car cela est déterminant pour la technique de jeu. On peut presque la deviner si on ne la connaît pas (ce qui peut être le cas dans un musée avec des instruments non référencés).




Cithare

La cithare enfin ne possède pas de manche. Les cordes, parallèles entre elles, sont disposées d’un bout à l’autre de la caisse. Elles sont surélevées à une certaine distance de la caisse par un chevalet (mobile, pour changer l’accord, ou fixé sur la table de la caisse de résonance) individuel à chaque corde ou formant un "pont" supportant toutes les cordes.
La forme de la caisse est très variable. Elle peut être pleine (cithare-bâton, en Inde…), creuse et ronde (cithare tubulaire, à Madagascar…) ou en forme de parallélépipède (cithare sur caisse, en Iran…) et sur table (présence de pieds, Hongrie…).
Le mode de mise en vibration des cordes est le pincement (qanun arabe, koto japonais, clavecin) ou le frappement (santur persan, cymbalum hongrois, piano). Le joueur peut se servir des deux mains pour faire vibrer les cordes, ou bien d’une seule. Dans ce cas, l’autre est libre pour raccourcir les cordes en les appuyant contre la caisse à certains endroits déterminés. Dans le premier cas chaque corde sonne à vide. Dans le second, elles sont modulables.
Une troisième possibilité, beaucoup plus rare, est le frottement. Le cas auquel on pense est celui de la vielle à roue (qui n’est donc pas une vièle même si elle doit bien sûr son nom au fait que ses cordes sont frottées). Les cordes (visibles, en ce qui concerne les bourdons, ou dissimulées sous une sorte de boîtier avec boutons-poussoirs pour changer la hauteur) sont bien tendues d’un bout à l’autre de la caisse. Au 18ème siècle, on rencontre beaucoup de vielles faites à partir de caisses de luths ou de guitares récupérés. Une manivelle sur l’un des côtés permet d’entraîner un disque en bois recouvert de colophane qui frotte toutes les cordes.
Le piano et le clavecin sont des cithares sur table au jeu mécanisé. Elles possèdent respectivement un système de marteaux (frappement) et de sautereaux (pincement) actionnés par le biais du clavier.



Cithare-radeau idiocorde. L’instrument est constitué uniquement de roseau et les cordes sont directement découpées dans le roseau (d’où l’appellation "idiocordes": qui appartiennent à l’instrument même). Il en résulte une grande fragilité et une sonorité peu puissante qui force à lui adjoindre souvent une calebasse en guise de caisse de résonance. L’instrument est connu essentiellement au Bénin où on le connaît sous différents noms : toba, yomkwo, etc. L’instrument peut jouer dans des ensembles ou être un instrument de musique plus intimiste. Sa nature idiocorde rapproche cette cithare d’une autre peut-être davantage connue : la valiha malgache qui est une cithare tubulaire.


Cithare tubulaire valiha de Madagascar.


Luth

Le luth possède aussi ces trois éléments, cordes, manche et caisse. Ce qui le définit est le fait que le manche se situe dans le prolongement de la caisse, et dans le même plan. Les cordes sont les unes à côté des autres, parallèles au plan que forme l’ensemble «manche + caisse ».

La longueur du manche, la présence de frettes, la forme de la caisse… déterminent différents sous-types.
Le mode de mise en vibration est ici déterminant car c’est grâce à lui que l’on distingue les luths proprement dits (cordes pincées) des vièles (cordes frottées, ce qui implique la présence d’un archet). Un instrument comme la contrebasse, qui est jouée des deux manières à part égale, selon le style musical que l’on y exécute montre bien que cette famille est une à l’origine. D’ailleurs le violon (et sa famille) et la guitare auraient un ancêtre commun appelé vihuela.

La disposition des cordes permet de les raccourcir (souvent avec l’aide du manche sur lequel les doigts du musicien prennent appui). Chaque corde donne un son à vide et un son correspondant à chacune des positions de doigts. Les combinaisons sont donc très nombreuses.



Lyre

La lyre présente elle aussi ces trois éléments, cordes, manche et caisse. Le manche et la caisse ne sont pas dans le prolongement l’un de l’autre mais sont opposés face à face. Ils sont reliés par deux montants latéraux indispensables dans leur rôle de structuration de l’ensemble. Les cordes, que l’on pince, vont du manche (appelé joug) à la caisse et sonnent à vide, comme sur la harpe. On connaît un cas de lyre à cordes frottées en Scandinavie.




Les deux types fondamentaux de résonateur de la lyre : en cuvette (a) et en forme de boîte fermée (b). Les deux sont courants en Éthiopie mais d’autres régions d’Afrique donnent la préférence à la lyre au résonateur en cuvette.






La différence fondamentale entre la harpe (a) et la lyre (b). Les cordes de la harpe sont tendues à angle oblique entre le résonateur et la console. Les cordes de la lyre vont du résonateur au joug soutenu par deux montants.



Vièle


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À propos de nicolas martello

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