pantonal / atonal


texte de Schoenberg extrait son Traité d'harmonie (Harmonielehre)

"Le terme "tonal" est improprement utilisé dès lors qu'on lui confère un sens exclusif et non de globalité. Seule valable me semble l'interprétation suivante : tout ce qui est issu d'une série sonore - que ce soit par le rapport direct à une fondamentale unique ou le réseau de croisements plus complexes - constitue la tonalité. Il devrait apparaître significatif que cette définition — la seule juste qui soit — n'ait été raisonnablement contredite par aucune autre qui corresponde au mot "atonalité". Ce dernier ne doit-il pas caractériser tout ce qui résulte ou non d'une série de sons ?
Un morceau de musique devra toujours être au moins tonal dans la mesure où, d'un son à l'autre, doit exister un rapport en vertu duquel les sons enchaînés ou superposés produisent une succession sonore concevable en tant que telle. Peu importe ensuite que la tonalité ne s'y fasse peut-être pas sentir, que les rapports y soient obscurs, difficilement perceptibles, voire incompréhensibles. Mais qualifier d'atonal un quelconque rapport de sons semble aussi impensable que de devoir qualifie d'"aspectral" ou "accomplémentaire" un rapport de couleurs. On ne saurait donc évoquer ici le contraire du principe tonal. Par ailleurs, il semble que l'on ne se soit absolument pas posé la question de savoir si la manière dont ces nouveaux accords se comportent ne constituent pas justement la tonalité d'une série à douze sons. Il est même probable qu'il en soit ainsi et que ce phénomène rappelle parallèlement les circonstances qui conduisirent jadis aux modes d'église, circonstances que j'analysais ainsi : " On ressentait l'effet d'un son fondamental, mais ne sachant à quelle note l'imputer on essayait avec toutes." Bien qu'il ne s'y fasse pas encore sentir une seule fois, il doit bien pourtant être présent ici. Veut-on absolument qualifier ce phénomène, les termes "polytonal" ou "pantonal" pourraient peut-être s'y appliquer.
Mais en tout cas, il resterait d'abord à établir se cela ne nous ramène pas simplement au tonal. Non-sens que tout cela. En effet, il est certain que parmi les atonalistes - exception faite du Viennois Joseph Hauer dont les théories, en dépit de leur exagération, sont profondément originales, dont les compositions trahissent un don créateur malgré leur caractère un peu "exemplaire" et dont l'engagement courageux mérite à tous égards le respect - il s'en trouve de nombreux pour qui une préoccupation résolument atonale serait plus conforme à leur personnalité que d'élaborer autrement de mauvaises compositions, je crois néanmoins que rien de véritablement atonal - tout au moins par les sons - ne pourrait vraiment réussir à ces compositeurs-là. Il est seulement triste que cette illusion entretenue chez tant de jeunes qu'"aujourd'hui on peut tout écrire", les éloigne d'apprendre d'abord quelque chose d'honnête et de solide, de comprendre les oeuvres des maîtres classiques, d'acquérir une culture. Car on pouvait autrefois tout écrire, seulement ce n'était pas bon. Seuls les maîtres ne se sentent jamais le droit de tout écrire, mais doivent au contraire se plier à cette nécessité : accomplir leur tâche. S'y préparer avec toute l'application possible à travers mille doutes quant aux chances de réussite, mille scrupules quant à la vraie compréhension de la mission que leur assigne une force supérieure, voilà ce qui est réservé à ceux qui ont le courage et la ferveur d'assumer toutes les conséquences et le poids du fardeau dont ils sont involontairement chargés. Tout cela est bien loin des caprices de l'alignement d'une tendance. Mais c'est plus audacieux."

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À propos de nicolas martello

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