Le chant diphonique




L’Altaï est souvent considéré comme le berceau du chant harmonique : une technique vocale dite diphonique (à deux sons) puisqu’elle permet d’émettre simultanément un bourdon dans le grave et une fréquence aiguë proche du sifflement.

Les appellations : chant diphonique ; chant diplophonique (terme d’origine médicale : diplophonie désigne l’existence simultanée de deux sons de hauteur différente dans le larynx) ; chant biphonique ; chant harmonique ; voix-guimbarde ; voix flûtée ; chant diphonique en solo…
Les orthographes possibles : khöömii ; khoomei ; xöömi ; xöömij…
Prononciation : [xømai]

Série des 13 premières harmoniques :


Qu’est-ce que le chant diphonique ?

Les chamans du Tibet, de Sibérie et d'Amérique du Nord font résonner les harmoniques de la zone frontale, ce qui leur permet en effet de soigner avec la voix.
C'est un chant magique, un secret des anciens chamans mongols, un yoga sonore pratiqué par des moines tibétains pour atteindre l'illumination, un chant à pouvoirs, une vibration qui pénètre jusqu'aux cellules. C'est le fameux chant qui guérit.
Le chant diphonique peut apporter un moyen thérapeutique au Yoga, aux Médecines Douces, à la Méditation, à la relaxation, ou à l'accouchement sans douleur.
Le pouvoir du chant où se mêlent à la valeur de la mélodie les qualités harmoniques de la voix et la puissance du fondamental. Il est indéniable que la sonorité vibratoire des harmoniques puisse engendrer dans l'être un adoucissement de l'âme et mettre en état d'extase tous ceux qui se trouvent à portée d'écoute. L'utilisation judicieuse du chant diphonique favorise la concentration. Une écoute attentive des harmoniques du chant diphonique permettra d'accentuer la puissance vibratoire de l'oreille interne.
Il s’agit d’un style de chant (il existe en fait plusieurs styles, que nous verrons plus loin) qui comporte une note tenue par le chanteur (la note fondamentale). À celle-ci se superpose le son harmonique (son aigu), qui est un des harmoniques naturels du son fondamental. Pour discerner les harmoniques, il faut penser à un son de flûte ou de guimbarde, qui sont le plus ressemblants.
Le chanteur fera alors varier ces harmoniques au gré du chant, suivant la technique qu’il utilisera : en modifiant les cavités buccales, la position de la langue, les voyelles prononcées, et bien d’autres paramètres encore.
La réalisation du chant diphonique n’est pas très compliquée en soi, mais demande tout de même une technique (ou plusieurs) et de l’entraînement. 
Pour mieux percevoir le cœur du chant diphonique, nous pouvons nous aider de l’aspect acoustique et spectral.


L’histoire

Depuis des siècles déjà, au Tibet, des voyageurs constatèrent un chant à deux voix simultanées pendant les prières ou formules sacrées récitées. D’après M. Rollin, professeur au Conservatoire de Paris au XIXè siècle, un baladin chantait une mélodie, doublée par sa quinte. En 1840, le même phénomène se fit constater à nouveau chez les paysans russes.
Mais c’est principalement en Asie que l’on retrouve le chant diphonique, même s’il est également présent dans d’autres pays encore.
Les populations suivantes sont les plus marquées par le chant diphonique : Mongols, Touvins, Khakashs, Bachkirs, Altaïens, Rajasthanais de l’Inde, Xhosas d’Afrique du Sud, et bien sûr, les moines tibétains, des monastères Gyütö et Gyüme.
Il est ensuite possible de différencier divers styles de ce chant, par exemple chez les Touvins : kargyraa, khoomei, borbannadyr, ezengileer et sygyt.



Quelques styles

Le KARGYRAA se chante habituellement dans le registre extrêmement grave de la voix du chanteur. Cette technique est en fait très proche de la prière tibétaine du style dbyang. Pour le style kargyraa le fondamental a un timbre spécial (cor de chasse) avec une fréquence variant entre 55Hz (la) et 65Hz (do1). Les harmoniques se promènent entre H6, H7, H8, H9, H10 et H12. Chaque harmonique correspond à une voyelle déterminée.

Le KHOOMEI est non seulement le nom générique donné à tous les styles de chant de gorge, mais il désigne également un style particulier du chant. Le Khoomei se caractérise par l'émission d'un son doux, créant des harmoniques dans le registre médium de la voix du chanteur. Techniquement, l'estomac reste relaxé, et il y a moins de tension laryngée que dans le style sygyt.

Le BORBANNADYR n'est pas vraiment un style comme le Sygyt ou le Kargyraa, mais plutôt une combinaison des effets appliqués à un des autres styles. Ce nom vient du mot tuvin pour le "roulement", comme les "trilles" acrobatiques, le gazouillement des oiseaux, le babillage des ruisseaux, etc. Le nom Borbannadyr s'utilise le plus souvent pour décrire le roulement du son, et également pour désigner le son plus grave surtout dans les textes anciens. Le fondamental dans le style Borbannadyr (autour de 110Hz) reste fixe, et est plus doux que celui du kargyraa. Le chanteur peut produire deux formants harmoniques au dessus du fondamental. La parenté technique entre Kargyraa et Borbannadyr permet au chanteur d'alterner les deux styles dans la même pièce musicale.

L'EZENGILEER vient d'un mot qui signifie "étrier" et indique les oscillations harmoniques rythmiques semblables au son des étriers métalliques lors d'un galop du cheval. L'élément commun est le "rythme de cheval" des harmoniques.

Le SYGYT est habituellement basé sur un fondamental de registre moyen. Il est caractérisé par un son aigu, flûté au dessus du son fondamental (entre l'harmonique 9 et l'harmonique 12). Pour un Sygyt approprié, il est indispensable d'employer une pression considérable sur le diaphragme et il faut forcer l'air pour traverser la gorge contractée. La tension significative doit aussi être exigée dans la gorge, avec un positionnement approprié de la langue afin de créer un résonateur buccal de taille correcte et propice aux harmoniques les plus hauts. Le style sygyt possède un fondamental plus aigu (entre 165Hz-mi2 et 220 Hz-la2) selon les chanteurs. La mélodie harmonique utilise les harmoniques H9, H10, et H12 (maximum jusqu'à 2640 Hz).

Les types de chant diphonique des Touvins sont fondés sur les mêmes principes d'émission sonore que ceux de la guimbarde. La mélodie est créée par les harmoniques d'un fondamental, engendrés par le résonateur d'Helmholtz que constitue la cavité buccale humaine dont on modifie les dimensions. Pour la guimbarde, c'est la lame vibrante qui attaque le résonateur. Pour le chant diphonique, ce sont les cordes vocales qui seront réglées sur des hauteurs différentes, ce qui crée plusieurs fondamentaux, donc plusieurs séries d'harmoniques.

Dans la technique de ce chant de gorge, ou de "pharynx" (sens du terme khöömii en mongol), « la cavité pharyngo-buccale sert de caisse de résonance à volume variable, permettant de sélectionner les harmoniques afin d’obtenir une mélodie » (Tran Quang Hai in "Les voix du monde").

Chez les Mongols, il existe 6 techniques différentes de chant diphonique : xamryn xöömi (xöömi nasal), bagalzuuryn xöömi (xöömi pharyngé), tseedznii xöömi (xöömi thoracique), kevliin xöömi (xöömi abdominal), xarkiraa xöömi (xöömi narratif avec un fondamental très grave) et isgerex (la voix de flûte dentale, rare en usage).


Liens internet :


Bibliographie :
Cornut (Guy), Moyens d’investigation et pédagogie de la voix chantée, Lyon, Symétrie, 2002.

Van Tongeren (Mark C.), Overtone Singing, Amsterdam, Fusica, 2002.


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À propos de nicolas martello

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