Musique d'Afghanistan


Les traditions musicales et les instruments afghans empruntent plusieurs de leurs caractéristiques à l’Inde.
La musique indienne se joue traditionnellement lors des mariages et d'autres célébrations, plus rarement pour les décès.

La culture afghane est pluri-millénaire et très riche, grâce à la situation géographique de cette région, carrefour de rencontre de grandes civilisations : perse, chinoise, hindoue, bouddhique, grecque, musulmane et tant d’autres…
Afghanistan signifie « pays des Afghans ». Qui sont ces Afghans ? Sur les plans étymologique et historique, et parmi toutes les ethnies afghanes, seuls les membres de l’ethnie pachtoune peuvent se prévaloir d’une telle identité. Si toutefois on observe les frontières du pays, on constate que le territoire sur lequel s’est développée l’ethnie pachtoune est littéralement divisé en deux, séparant Pachtounes d’Afghanistan et Pachtounes du Pakistan. On rencontrera par ailleurs au sein de ces mêmes frontières autant d’ethnies tadjik, ouzbek, turkmène et hazara, pour ne citer qu’elles, formant au total un ensemble de douze ethnies. Cette diversité s’explique de plusieurs manières : d’une part, les frontières afghanes ont été tracées de manière artificielle et à une époque relativement récente. C’est n’est en effet qu’en 1847 qu’est reconnu le premier état afghan. De nombreux peuples aux origines aussi anciennes que différentes ont été ainsi regroupés sur un seul et unique territoire et ont dû adopter une identité commune. Ces peuples s’épanouissent par ailleurs à travers autant d’activités culturelles qui leur sont propres, contribuant encore à l’heure actuelle à perpétuer la diversité afghane. D’autre part, cette diversité, qui s’exprime essentiellement à travers les différents styles régionaux populaires, prendra de l’ampleur dès lors que la musique populaire tient une place très importante dans le vécu musical de chaque Afghan.

La musique n’échappe pas à cette règle. On distingue une multitude de styles musicaux différents qu’on définira en fonction des régions dont ils sont originaires. Cette diversité stylistique très complexe se simplifie aisément par la prise en compte de 3 vagues d'influences importantes. Tout d’abord, de Kaboul à Kandahar, l’Est et le Sud, ont eu un contact privilégié avec la vallée de l'Indus, d'où les interférences successives avec de la musique du Nord de l’Inde. A l’inverse, la musique Hérâti, à l’Ouest, témoigne plus volontiers d’un passé historique et culturel lié à la Perse. Les inspirations musicales qui en résultent perdurent encore à l’heure actuelle grâce à la proximité de la culture iranienne. Le Nord de l’Afghanistan, représenté par Mazâr-é Sharif, réagira de la même manière : la présence des frontières turkmènes, ouzbeks et tadjiks, confère aux musiques de cette région une esthétique à part entière. Les moyens employés seront souvent réduits à leur strict minimum. Enfin, on pourrait même distinguer une quatrième entité musicale de part son importance, qui se superpose à l'influence Kabouli, dans la communauté pachtoune constituée de tribus représentant 40 % de la population du pays, au Sud-Est et au Sud : les styles pachtounes. Les impressionnantes chorégraphies du Atan, aujourd’hui la danse nationale, ainsi que l’utilisation du dohol, cette percussion à la sonorité très puissante, sont autant de symboliques qui rappellent les origines guerrières de ce peuple.
Cette diversité musicale s’enrichit de plus d’une très nette distinction entre musique urbaine et musique rurale. Dans un pays où médias et voies de communications sont inégalement développés, les zones urbaines bénéficient plus facilement de l’influence des musiques étrangères comme à Kaboul par exemple, où les musiques de films représentent une source d’inspiration importante.
La musique afghane se divise en trois genres : populaire, semi-classique et classique.

Le genre populaire est constitué d’un vaste répertoire de chants dont les origines font souvent l’objet de nombreuses controverses. Les chants les plus populaires pourront quelques fois être interprétés de manière instrumentale. La plupart de ces chants se divisent en trois parties : refrain, couplet et intermède instrumental. Si le refrain reste fixe, on ne retiendra du couplet que la mélodie. Le chanteur est libre d’ajouter à ce couplet un texte qu’il puise généralement dans le répertoire populaire. Ces textes sont relativement courts et de facture poétique. Il s’agira dans la musique persanophone, soit de «  tchâr baïti » (quatrain à 11 pieds par vers), soit de « du baïti » (deux vers de 7 pieds) soit de « robâï » (quatrain à 13 pieds par vers). Il s’agira dans la musique pachtoune de « landaï » qui sont constitués d’un premier vers de 9 pieds et d’un deuxième vers de 13 pieds. Certains chants très populaires possèdent enfin un intermède instrumental fixe qui s’est imposé avec le temps. Mais il ne s’agit en aucun cas d’une généralité : une fois encore, les musiciens restent libres dans ce cas de puiser dans un répertoire purement instrumental ou d’utiliser la mélodie d’un autre chant.
La musique classique afghane s’apparente de très près au style classique du Nord de l’Inde. Même si on s’oriente en Afghanistan vers un jeu plus libre que celui observé en Inde, la musique classique afghane développe des concepts bien plus évolués que ceux présents dans la musique populaire. La principale particularité de la musique classique réside dans son caractère improvisé. Cette improvisation se fait à partir de l’interprétation d’un « raga ». Ce « raga » correspond au développement d’un mode mélodique et exprime un état émotionnel préétabli. Les musiciens afghans ne retiendront des raga-s indiens que ceux qui offrent le plus de liberté de jeu et qui autorisent l’emploi de notes supplémentaires. Cette improvisation s’exécute sur une structure rythmique fixe appelée « tal » qui est le souvent constitué de 16 temps lents (« tintal ») en Afghanistan. Des musiciens tels que Ustâd Mohamad Omar pour le robâb, Ustâd Qasim et Ustâd Sarahang pour le chant s’exprimaient encore il y a peu de temps dans ce style et ont apporté à la musique afghane ses lettres de noblesse. 
Le style semi-classique s’inscrira donc à mi-chemin entre musique populaire et musique classique. Les musiciens évoluant dans ce style conserveront la structure des chants populaires tout en s’orientant vers un discours musical plus soutenu. Le style semi-classique est constitué entre autres de ghazal-s (chant d’amour) et de qawwali (chant dévotionnel). Contrairement à ce qui est pratiqué dans la musique populaire, le texte d’un ghazal est issu d’un seul et unique poème. Ce poème appartient généralement à un poète réputé et ancien et se caractérise par une réflexion approfondie sur l'existence humaine, à travers des thèmes d'apparence légère, étoffés d'un symbolisme puissant. Le thème récurant de la coupe de vin (sâqi) peut indifféremment devenir symbole d’ivresse, de connaissance ou d’interdit. Le répertoire semi-classique s’exprime également à travers les qawwali-s. Le qawwali est un genre vocal responsorial dévotionnel islamique en lien étroit avec la philosophie soufie. Ce genre est à l’heure actuelle le fleuron de la musique pakistanaise si bien qu’il mériterait d’être plus répandu en Afghanistan où il n’est pourtant pas dépourvu d’authenticité. Le qawwali se chante grâce à l’utilisation de nombreux symboles mystiques et s’applique à faire entrer, aussi bien les chanteurs que l’auditoire, dans une transe spirituelle.
Au-delà de cette diversité, les musiques afghanes, quelles que soient leurs origines, sont mues par des principes communs. Elles sont tout d'abord conçues de manière homophonique : chaque instrument se contente de reprendre la mélodie et justifie sa place au sein d'une formation instrumentale par l'intermédiaire de son timbre sonore. Le principe d'harmonie n'arrivera en Afghanistan que dans les années soixante sous l'influence de la musique occidentale. C'est également sous cette influence que l'instrumentarium afghan s'augmentera petit à petit d'instruments tels que l'accordéon, la clarinette, la trompette, le saxophone, la guitare et la basse électrique, la batterie et autres synthétiseurs.
La musique se transmet en Afghanistan de manière orale. Il n'existe pas ou très peu d'écriture musicale. Ce mode de transmission s'accompagne automatiquement d'une perpétuelle évolution du répertoire. Cette transmission du savoir se perpétue très souvent d'une génération à une autre au sein du cadre familial. Ainsi peut-on profiter encore aujourd'hui des activités musicales des Golpasand et des Khushnawaz originaires d'Hérât, et des Qasimi originaires de Kaboul. Si cette transmission ne s'effectue pas de maître à élève, elle peut également former des musiciens autodidactes. Musiciens héréditaires et autodidactes peuvent par ailleurs être musiciens professionnels ou amateurs. Selon qu’ils héritent ou non du savoir familial, ou en fonction de leur talent, ces musiciens se verront octroyer un rang en fonction de leurs compétences et de leur renom. Ce rang ne dépend pas forcément du fait qu’ils sont amateurs ou professionnels.
Le rôle du musicien professionnel peut aller de l’animation de mariages ou de fêtes privées au titre de musicien de cour. La recette de chaque prestation peut être répartie de manière inégale entre chaque musicien, en fonction du rôle et de la valeur qu’il représente au sein de la formation dans laquelle il exerce.


GENRES

Musique savante
La musique savante afghane (appelée klasik) est similaire à la musique hindoustanie (de l’Inde du nord) puisqu'elle consiste en l'interprétation des râgas, tarânâs, naghmâs et ghazals. Elle se nomme khandan quand il s'agit de musique vocale, et naghmâ pour la musique instrumentale.
Après une introduction (shakl) soliste, elles conservent l'accompagnement aux tablâs, mais des rythmes différents y sont toutefois joués. La tampura a disparu quant à elle, remplacée par l'harmonium. L'instrument roi ici est le rabâb, ancêtre du sarod indien. Le tambur afghan, ancêtre du sitar, est aussi utilisé en ce sens, mais il est plus rare.
De nombreux musiciens indiens dépendant de la gharâna (école) de Patiala s'installèrent à la cour de Kaboul au XIXè siècle. Au XXe siècle, les Afghans eurent leurs propres musiciens, tels Mohammad Hussain Sarāhang et Rahim Bakhsh.

Musique folklorique
La musique folklorique doit beaucoup à l’Iran. Le tambour zirbaghali (dérivant du zarb), remplace souvent les tablâs. De même la vièle ghaychak ou le luth dotâr sont aussi liés au folklore du Khorassan.
Les chahârbeiti ou farkhar sont des poèmes d'amour chantés avec accompagnement musical au dotâr ou au ghaychak et influencés par le Tadjikistan.
Certaines musiques folkloriques usant du dotâr notamment relèvent de l'influence ouzbèke.
La musique publique étant essentiellement une affaire d'hommes, dans les foyers, les femmes jouent parfois du dayre, un tambour que l'on dit être interdit par le Coran.

Musique de transe
Il existe de nombreuses confréries soufies dans le pays, pratiquant le dhikr, la récitation coranique non accompagnée, sous forme de chants : na't, mursia, manqasat, nowheh et rowzeh. Les Chishti de Kaboul utilisent quant à eux des instruments dans leur musique de dévotion gaza-yeh ruh.
Il existe près du Balouchistan un rituel guâti destiné à la guérison des malades sous emprise d'un djinn ou ghât. Cette musique d'extase est jouée sur des instruments tels : doneli, sorud, benju, tambura.



INSTRUMENTS

Les instruments Afghans incluent le Ghaychak, dutar, rubab, zirbaghali, badakshani (flute) et cymbales. Dans la maison, les femmes jouent parfois du daireh, un tambour qui supposé être interdit par le Coran.

Les tambours, tabla, sont de type indien, l’un grand, fait d’un vase de cuivre étamé tendu d’une peau de chèvre, l’autre plus petit, de bois et de peau ; ces tambours ont la peau tendue par des lacets de cuir dans lesquels le musicien glisse des cailloux pour une meilleure tension.
 
Le rebâb    est un luth à caisse échancrée et à cordes joué avec un plectre. Il est constitué de cinq à six cordes de mélodie en boyau, et de onze à treize cordes de métal ; le corps et la table d’harmonie sont en bois de mûrier creusés à l’herminette. L’intérieur est garni de coquilles d’œufs, et l’extérieur est orné de nacre ou d’os ; quatre frettes de boyau sont serrées sur le manche. Sa ligne mélodique est régulière et peu ornée. Il peut se jouer en solo ou accompagner un chanteur.


Un autre luth est le tanbûr à long manche décoré d’os, il est joué avec un onglet. Il est composé de cinq à huit cordes de métal, de dix à douze sympathiques et de vingt-deux ou vingt-trois frettes sur le manche. La caisse est en bois de mûrier ou quelquefois en courge. Cet instrument peut se jouer en solo pour accompagner un chanteur ou faire partie d’un orchestre.


Le hautbois zurnây est l’instrument joué à l’extérieur ; chaque fois que la musique doit s’entendre de loin, pour les danses, cirques ou processions de mariage. Il est connu en Inde sous le nom de châhnây (flûte royale). En Afghanistan, on le rencontre surtout dans le Sud. Souvent fabriqué au Pakistan, il a sept trous sur le côté supérieur et un sur l’inférieur.
Les traditions  musicales les plus anciennes sont des chants d’homme sans accompagnement, en solo ou en duo. Ce sont principalement des chants d’amour et des improvisations relatant les incidents de la vie d’un village ou d’un voyage.


Dans le Nord, toutefois, le chanteur tadjik s’accompagne le plus souvent pour ces chants d’amour ou de nostalgie du pays natal, d’une vièle tenue verticalement, à deux cordes métalliques frottées par un archet de bois et de crins de cheval, à tension réglée par les doigts de l’instrumentiste. Cet instrument appelé ghajak, autrefois fabriqué avec une caisse de mûrier est maintenant formée d’un bidon métallique ouvert sur le côté.

Les instruments de musique des femmes

L’instrument plus spécifique des femmes est un tambour, le dâyra.


A peau collée sur une latte de bois courbée en cercle, il est tenu verticalement et frappé avec les doigts. La peau est décorée d’étoiles dans le Nord, de fleurs et d’oiseaux dans le sud. Des disques de métal battent à l’intérieur contre la latte de bois pendant le jeu. Le dâyra accompagne dans l’intimité les danses et les chants des femmes ainsi que les poèmes populaires modernes sur des thèmes amoureux.
Les femmes peuvent aussi dans le Nord, rythmer le chœur d'un mariage d’une paire de cuillers (qâchak) en bois, maniée en castagnettes dans la main.



LIENS

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À propos de nicolas martello

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