Musique d'Iran (musique persane)


 




La Perse antique a développé une musique de cour florissante fondée sur un système modal complexe de la période sassanide, qui a débuté vers 224 av. J.-C. et qui a duré plus de quatre siècles. Vers 642, l’empire perse fut conquis par les Arabes au moment où commençait l’expansion de l’islam. Avant même que n’ait lieu la conquête islamique, les musiciens perses étaient tenus en haute estime par les Arabes et exerçaient une influence sur leur musique artistique. Un grand nombre de musiciens et de théoriciens perses ont continué de prospérer sous l’occupation arabe jusqu’à ce que la dynastie des Safavides prenne le pouvoir en 1502. Sous cette dynastie, l’islam chiite est devenue la religion officielle, et la musique destinée à l’amusement et au divertissement fut interdite. Ainsi, l’érudition musicale a entamé une lente agonie qui devait durer plusieurs siècles. La musique classique n’était plus pratiquée qu’en privé. Dans le courant du 20ème siècle, les écoles de musique, sous l’égide du ministère de la Culture et des Arts, ont proposé des cours sur la musique classique persane. Le chant religieux, bien que n’étant pas considéré comme musique par l’islam, partage les modes mélodiques et rythmiques utilisés dans la musique artistique.
La musique populaire en Iran varie selon les ethnies et le dialecte des régions. La plupart des musiques des différents groupes ethniques s’inspirent des récitations religieuses ainsi que des chants et des danses utilisés pour le divertissement lors de mariages ou d’événements sociaux. Des épopées narratives et quelques poèmes lyriques sont également chantés.

Une musique expressive :
Transmise jusqu’à nous grâce à la tradition orale, la musique iranienne est avant tout une musique expressive traduisant les joies, les douleurs, les souffrances… Tantôt d’un caractère méditatif, tantôt plus rythmée, elle exprime « les sentiments, les émotions, les mouvements de l’âme ».



HISTOIRE

Désignée également sous le nom de musique persane, dont le noyau plus large dépasse les frontières actuelles de l’Iran pour s’arrêter aux confins de l’ancien Empire Perse (approximativement l’Asie Centrale, le Caucase et l’Inde du Nord), la musique iranienne puise ses origines dans l’Antiquité.
Mais c’est surtout à partir du 3ème siècle après Jésus-Christ (époque Sassanide), que l’art musical perse, tel que nous le connaissons, prend naissance et se développe durablement jusqu’à l’arrivée des conquérants arabes (7ème siècle) qui découvrent cette musique raffinée et l’adoptent.
A partir de ce moment, les musiciens et les savants perses jouent un rôle déterminant dans le développement de la culture islamique orientale dont le rayonnement musical se traduit par de nombreux écrits théoriques parvenus jusqu’à nous.



CARACTÉRISTIQUES

La musique iranienne est monodique, autrement dit, elle ne fait pas entendre plusieurs notes à la fois.
La dignité de l’authentique musique classique exclut les éclats : le niveau sonore moyen, relativement constant, est le « mezza voce », et les nuances, très discrètes, sont toujours très graduelles. La tradition implique aussi la stabilité du tempo (accelerandi et rallentandi ne sont pas acceptés).
On ne trouve pas de notion de tonique ; en revanche certains degrés sont prédominants.
La forme de la mélodie est en général assez simple. L’art réside dans la manière de la jouer en la parant d’ornements qui peuvent lui conférer une rare complexité. C’est une « philosophie de l’arabesque ».
Comme la musique de presque tous les pays d’Orient, celle de l’Iran fait une large place à l’improvisation, mais dans le cadre de règles strictes.
La musique iranienne n’est pas tempérée, et elle comporte des intervalles plus petits que le demi-ton et que le ton et plus grands que le ton. On parle par commodité de « quarts de ton » et de « trois-quarts de ton » mais ces désignations sont approximatives. On joue rarement deux notes consécutives séparées par un intervalle d’1/4 de ton, mais en revanche le ¾ de ton est fréquent (l’oreille occidentale en est déroutée parfois).
On note une certaine sérénité qui se dégage des répétitions (presque toujours imperceptiblement modifiées) de certaines phrases musicales. La répétition fait partie de l’esthétique iranienne, qu’il s’agisse de poésie, de prose ou de musique. Une grande partie de la musique iranienne est d’ailleurs liée à la poésie et la plupart des Gushé-s proviennent de poèmes chantés.
L’enseignement de la musique est oral, autrement dit, transmis de bouche à oreille, et, en ce qui concerne la musique traditionnelle, la notation européenne, introduite en Iran à la fin du 19ème siècle, ne peut servir que d’aide-mémoire.


GENRES

Le gushé : comprend 3 parties distinctes (darâmad = ouverture ; shè’r = poème et tahrir = démonstration technique).
Le radif (signifie rang, rangée, série) : c’est le style et le procédé d’arrangement et de composition d’un Avâz. Radif signifie en fait, l’ordre dans lequel on joue les Gushé-s, et ce mot désigne aussi l’ensemble des 12 avâz tel qu’il était joué par tel ou tel maître. Un même avâz peut donc avoir plusieurs radif-s, chacun composé ou ordonné par un maître différent. Le mot radif est mieux à sa place devant le nom du maître à qui l’on doit l’arrangement de ses éléments et, éventuellement, l’adjonction de nouveau Gushé-s (par exemple : dastgâh-e shur, radif de Sabâ).



INSTRUMENTS



Instruments : setâr ; târ (= corde) ; tanbur ; ûd (luth) ; qânun ; santur ; kamantché ; ney ; zarb (naguère appelé tombak).

1°) Les instruments à cordes

Les cordes pincées

Le Setâr (du mot târ = corde) : Instrument de la famille des luths muni de 4 cordes (au lieu de 3 initialement). Par sa sonorité raffinée, il est l’instrument préféré des lettrés et des mystiques.
Le Târ : Considéré comme l’instrument essentiel de la musique iranienne depuis le siècle dernier, le târ est un luth à 6 cordes pourvu d’une caisse de résonance, à double renflement, et d’un long manche. Sa sonorité brillante et chaude se marie très bien avec le zarb.

Les cordes frappées

Le Santur : Cet instrument, dont l’origine se situerait vers le 6ème siècle avant Jésus-Christ, est une cithare dont la caisse trapézoïdale est surmontée de 72 cordes regroupées 4 par 4. Il se joue en frappant les cordes à l’aide de 2 baguettes de noyer (Mezrab) finement sculptées. Cet instrument possède un registre très étendu, de l’aigu au grave, lui permettant d’immenses possibilités mélodiques.

Les cordes frottées

Kamantché : Le kamantché appartient à la famille des "vièles à piques". Il se joue verticalement, le musicien faisant pivoter son instrument pour déplacer l’archet d’une corde à l’autre.

2°) Instrument à vent

Le Ney : Le ney est une longue flûte droite (tenue à l’oblique) ne possédant ni bec ni encoche, ce qui rend son jeu très difficile. On retrouve cet instrument dans la plupart des pays arabes. Sa place est importante dans la musique iranienne en raison de sa connotation mystique.

3°) Instruments à percussion

Le Zarb (ou Tombak) : principal instrument à percussion de la musique persane, le zarb se présente sous la forme d’un « tambour-calice » (selon le mode de classification des instruments), creusé dans un bois de mûrier ou de noyer et recouvert d’une peau d’agneau très fine. Joué selon une technique des doigts très élaborée, le zarb est devenu un instrument soliste à part entière grâce à des musiciens comme Radji Khan au 19ème siècle ou plus tard Hossein Teherâni et son disciple Djamchid Chemirani.
Daf : Grand tambour recouvert d’une seule peau, dont l’apparence se rapproche d’un tambourin de grande taille. Le cadre est entouré de multiples anneaux qui résonnent lorsqu’on le frappe. Instrument d’origine populaire, il tient une place de plus en plus croissante dans la musique savante persane.



THÉORIE

Comme la plupart des pays de langues indo-européennes, l’Iran appartient au monde de la musique modale. Sa musique compte 12 systèmes modaux essentiels, les 12 avâz, répartis en 7 systèmes principaux, les dastgâh-s (qui comprennent les 5 échelles de base) et 5 systèmes dérivés, qui gardent le seul nom d’avâz.
Un avâz (ou un dastgâh) se compose d’un nombre variable de séquences mélodiques plus ou moins brèves, les gushé-s, qui se succèdent dans un certain ordre appelé radif.
Les gushé-s qui constituent un avâz ne demeurent pas immuablement dans l’échelle fondamentale de cet avâz : ils peuvent s’en évader à plusieurs reprises, mais y reviennent, en particulier pour conclure. Passer insensiblement d’un gushé à un autre est un art difficile. Quant au développement de l’avâz, c’est un jeu subtil qui consiste à mettre successivement en valeur certains degrés de l’échelle.
Notons que le terme avâz tel qu’on l’entend ici est un complexe de trois éléments :
gamme
succession de courtes mélodies (gushé-s)
caractère expressif

Afin de faciliter la notation de la musique iranienne, deux altérations furent inventées au début du 20ème siècle et ajoutées aux signes occidentaux :


Nous avons dit que la musique classique comportait 12 systèmes principaux, les 12 avâz, répartis en 7 grands systèmes appelés dastgâh-s et 5 systèmes dérivés que l’on nomme simplement avâz.

Toutes les gammes de la musique iranienne sont heptatoniques, et leurs 7 notes sont les mêmes en montant et en descendant (sauf exceptions en cours de jeu). Dans la musique iranienne, chaque avâz est construit sur 7 notes, mais seules certaines d’entre elles lui confèrent son « esprit ». Ce sont :
— la note-témoin (shâhed) ; c’est le degré le plus important
— la note d’arrêt (ist)
— la note variable (motéghayer)
— la note de conclusion (Forud-e kâmel)

Radif = répertoire iranien.
Dastgâh = mode
Avâz = mode secondaire dérivé d’un mode parent.

Dastgâh de Shour :


Avâz de Afshari, Dastgâh secondaire de Shour :


Dastgâh de Chahargah :




5 types d’échelles des dastgâh et avâz iraniens


LES MODES

Texte extrait de Musiques du monde, éd. Fuzeau, p. 196.

La musique iranienne procède d’un système modal non tempéré aussi simple que rigoureux basé sur le principe des AVAZ ou chants — au sens musical strict (successions mélodiques).
Ces AVAZ, au nombre de douze, sont organisés en 7 systèmes : les dastgâh répartis en 5 types d’échelles : Shour, Segt Tschahârgâh, Homayoum, Mahour, plus deux modes dérivés : Navâ, échelle de Shour et Râstpadjgâh, échelle de Mahour.
En résumé, le dastgâh possède les caractères suivants : il use d’une échelle modale à structure définie de 7 notes au moins dans le cadre d’une octave comportant 17 degrés et 16 intervalles non tempérés avec des altérations consistant en diminutions d’1/2 bémol environ (appelées Koron), en augmentations d’environ d’1/2 dièse (appelées Sori) permettant toutes subtilités d’intervalles, telles que la tierce “neutre” (entre tierce majeure et tierce mineure) sans toutefois user du 1/4 de ton absent comme intervalle réel en Iran et ailleurs.
Les degrés de l’échelle ont une certaine hiérarchie entre eux avec des degrés d’arrêt (ist), variables (moteghayer) et témoins (shâhed). Les successions mélodiques surgissent en formules caractéristiques, en particulier dans le darâmad qui groupe une série de goushé en ouverture d’orchestre ou en solo : c’est alors une véritable composition portant le sceau d’un maître. En ajoutant à tout cela des effets spéciaux tels qu’accentuation, dégradé, usage d’ornementation spécifique ; en jouant sur le temps et le registre et, bien sûr, une certaine articulation fondée sur la métrique poétique (paradigmes) et le rythme, le musicien d’art parvient à créer un climat émotif qu’il est convenu d’appeler le “sentiment modal”.



LIENS

Musique persane — Wikipédia
Music of Iran - Wikipedia, the free encyclopedia


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À propos de nicolas martello

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