Musique du Vietnam









Essor de la musique et de la danse pendant la période Văn Lang (2879 – 258 av. J.C.).
La musique vietnamienne est un mélange de plusieurs courants musicaux (domination chinoise pendant près de 1000 ans). De cette situation particulière, on peut dire que la musique vietnamienne subit 2 influences principales : musique chinoise (notion de mode, de gamme pentatonique / les 5 éléments de la nature), musique indienne avec la notion des nuances.
C’est une musique d’essence monodique, où l’ornementation de la mélodie (effets de glissement ou de fluctuation) joue un grand rôle. Il ne faut pas oublier non plus que le vietnamien est ce que l’on appelle une « langue à tons », avec 6 tons différents, donc « mélodique » déjà par elle-même.



HISTOIRE

En dehors des origines obscures, on peut distinguer 4 périodes depuis la fondation de la première dynastie vietnamienne, celle des Dinh (968-980), jusqu’à nos jours.
1ère période (10ème au 14ème siècle) : influence conjuguée de l’élément indien et de l’élément chinois.
2ème période (15ème au 18ème siècle) : prédominance de l’élément chinois.
3ème période (début 19ème jusqu’à la veille de la seconde Guerre mondiale) : affirmation de la personnalité et de l’originalité de la musique vietnamienne. Début de l’influence de la musique occidentale.
4ème période (depuis 1945 jusqu’à nos jours) : déclin et tentatives de restauration de la musique traditionnelle. Développement d’une musique de style européen.



GENRES

musique de théâtre de Cour (phuong nhà tro)
la musique de théâtre traditionnel (hat tuong)
musique pure et la musique symphonique (Am nhac thuân tuy)
le chant de chanteuses (hat a dào)

Remarque : La voix prédomine dans la musique de chambre et dans la musique de théâtre. Et les instruments ont alors plus une fonction d’accompagnement de la voix dans ces genres.



INSTRUMENTS

Principaux instruments : dich et sao (flûtes traversières) ; tiêu (flûte droite) ; kèn (hautbois) ; Dan Tranh ou Dan thâp luc (cithare à 16 cordes) ; Dan Tam Thap Luc (cithare à 36 cordes) ; Dan Bâu ou Dan dôc huyên (monocorde) ; Dan kìm ou Dan Nguyêt (luth à 2 cordes en forme de lune) ; dan doan ou dan nhât (luth à 2 cordes et à manche court) ; Dan xên (luth) ; dan tam et dan day (luth à 3 cordes) ; Dan Ty-Bà (luth piriforme à 4 cordes) ; Dan Cò ou Dan nhi (viole) ; Dan gao ou Dan hô (viole) ; chuông ou chung (cloches) ; châp choã (cymbales) ; chiêng, lênh, thanh-la (gongs) ; Cái Phách (cliquette en bois) ; (tambour de bois) ; Dan To-Rung ou T’rung (percussion en bambou) ; Dan Klongput ou klongput (percussion en bambou).

Le dan tranh : Instrument à cordes pincées de la famille de la cithare et apparenté au koto japonais, au zheng chinois et au kayagum coréen. 
Le board-zither : a 
"mbuat" chez les Mnong Gar ; ou "ding teak" chez les Joraï ; et "kom boat" sur les hauts plateaux du Centre : Orgue à bouche...

Aérophones :

sáo ou địch (dérivé du di chinois) : flûte traversière en bambou et à 6 trous de jeu (+ 1 trou avec mirliton).
sao
Tiêu (apparenté au xiao chinois) : flûte droite.
tiêu
Kèn : hautbois similaire au suona chinois. Il en existe de plusieurs tailles :
kèn tiểu : petit hautbois.
kèn trung : moyen hautbois.
kèn đại : grand hautbois.
hautbois kèn

khèn : orgue à bouche. Les Êđê et les Mnông (peuples vivant dans les régions montagneuses) le nomme đing năm ou m'buốt. Le sinh (adaptation du sheng chinois) est un orgue à bouche utilisé pour la musique de cour.
Il existe des cors (utilisés dans les minorités ethniques) tels le pí mo des Thái et le ki pá des Jarai. Ou encore le tù và (une trompe) et le hải loa (un coquillage de conche) qui e sont plus guère utilisés.

Cordophones :

— Đàn bau or đàn độc huyền : monocorde.
dan bau
— Đàn tranh : cithare à 16 cordes et à chevalet mobile similaire au zheng chinois, au koto japonais ou au kayakeum coréen. Le peuple nord vietnamien utilise une cithare nommée trống quân pour accompagner les folksong du même nom. Une cithare tubulaire en bambou (nommée roding, ding goong, ding put) est jouée par des peuples minoritaires du centre du Vietnam : le nombre de corde varie de 1 à 13 et le son imite un ensemble de gong.
— đàn nguyệt ou đàn kìm : luth en forme de lune à 2 cordes (et long manche). Il diffère du yueqin chinois qui a un manche très court. Ce dernier est connu au Vietnam sous le nom de đàn đoản (luth à manche court). Le đàn nguyệt est similaire au chapey cambodgien avec une touche un peu plus courte (8 frettes au lieu de 12).

— đàn tam ou tam huyền : luth à 3 cordes à caisse ronde recouverte de peau de serpent. Il ressemble au sanxian chinois. Le đàn đáy (luth à très long manche et à 3 cordes de soie ; caisse trapézoïdale) est particulier au Nord du Vietnam et est utilisé pour accompagner les chanteurs du ca trù. Comme le đàn đôc huyền, selon la légende, il est un instrument ensorcelé (enchanté ?) adonné à l’homme par les immortels.
dan day
— đàn tY bà : luth à 4 cordes en forme de poire et à frettes ; similaire au pipa chinois (tY bà est une transcription phonétique de pipa dans la prononciation vietnamienne). Il est joué avec un petit plectre ou les ongles.
— tính tẩu ou đàn tính : luth à long manche utilisé par les Thái et les Nùng (peuple du Nord). Sa caisse est faite d’une courge. La touche n’a pas de frettes.
dan tinh
— đàn nhị ou đàn cò : le plus remarquable des instruments à cordes. C’est une vièle à 2 cordes semblable au erxian chinois. Il y a beaucoup de sorte de đàn nhị qui diffèrent selon leur taille et la longueur du manche. Le đàn gáo a une caisse faite d’une demi coque de noix de coco évidée (donc similaire au tror u cambodgien et so u laotien).
dan gao
— lục huyền cam (« instrument à 6 cordes ») ou ghi-ta : c’est la guitare qui a été introduite au 20ème siècle.
— vĩ cam ou viô-lông : c’est le violon européen tel qu’il a été adopté par les vietnamiens.

Membranophones :

Il y a une grande variété de tambour au Vietnam.
— đại cổ (“grand tambour”) : tambour cylindrique à 2 faces et frappé avec 1 ou 2 baguettes. Il est similaire au dagu chinois.
— tiểu cổ : terme générique pour désigner les petits tambours à double face.
— trống chiến (“tambour de combat”) : tambour cylindrique utilisé dans le théâtre traditionnel.
— trống nhạc : paire de tambours cylindriques peu profond et utilisé dans les musiques cérémonielles.
— trống cơm (“tambour riz”) : tambour cylindrique apparenté au mridangam indien.
— baranung : grand tambour à une face utilisé par le peuple Chàm pour accompagner les leurs chants (ou pour les musiques cérémonielles).
— Ganang : paire de tambours cylindriques à double face (d’origine Chàm). Une face est frappée avec la main et l’autre avec une baguette.
— ngor, song gor, hogro ou hogoi : grand tambour cylindrique utilisé par les minorités ethniques dans les hauts plateaux du centre du Vietnam.

Idiophones :

De nombreux idiophones ont été recensés au Vietnam.
— sinh tiền : cliquettes. Sans doute l’instrument le plus surprenant. Il consiste en 3 petites planches. La plus longue (30 cm de long, 3 cm de large et 1 cm d’épaisseur) comporte une tête munie de 2 ou 3 — sapeke (monnaie chinoise) ; le dessous est dentelé. La seconde planche plus courte que la première (20 cm de long environ) comporte 2 têtes en laiton, chacune munie de 2 ou 3 sapeke. La troisième planche (15 cm de long environ). Le sinh tiền combine les caractéristiques des cliquettes, des sistres et des racloirs.
— Sanh : paire de cliquettes en bois.
— song lang : petit woodblock frappé avec une petite balle de bois relié à l’instrument par une lame souple et courbe en corne.
— mõ gia trì : similaire au muyu chinois. C’est un woodblock en forme de poisson utilisé dans les cérémonies des religions bouddhiques.
— Mõ : tambour à fente fait de bois creusé ou de pièces de bambou. Il est utilisé dans la musique cérémonielle.
— mõ sứng trâu : trompe (tam-tam ?) faite d’une corne de buffle creusée.
— chung ou chuông : cloches utilisées dans la musique bouddhique ou confucianiste.
— Chiêng : gong à mamelon central.
— la : gong plat.
— Lênh et dông la : gongs avec ou sans mamelon central.
— Tam âm la : carillon de 3 gongs.
— Thanh la ou dâu : petits gongs ou tympanons.
— bạt ou chap bạt : petites cymbales.
— chap chõa : grandes cymbales de différentes tailles.


Il existe également des jeux de 7, 9 ou 13 gongs utilisés par les peuples Êđê, M’nông et M’nông des Hauts plateaux.


TECHNIQUES

Chanteurs et musiciens usent beaucoup des ornementations pour individualiser l’expression de la pièce. Le langage vietnamien (alphabet à ton) influence l’ornementation de la musique vocale.
Au Viêt-Nam, la technique du vibrato vocal appelée dô hôt (= laisser tomber les grains de perles sur le cristal) est comparable au tahrir iranien et au tana indien. Elle caractérise la voix des chanteuses professionnelles hat a dao ou ca tru qui ressemble effectivement au bruit d’une perle rebondissant plusieurs fois sur une table.
C’est dans le théâtre traditionnel du Viêt-Nam que l’on trouve les techniques vocales les plus originales. Chacune d’elles est en effet liée à une partie du corps humain. La voix intestinale giong ruôt exprime la douleur, la voix du foie giong gan la colère… Il est également fait mention de la voix thoracique giong nguc, de la voix pharyngée giong hâu, de la voix nasale giong mui, de la voix de mâchoire giong ham, de la voix cervicale giong oc


THÉORIE

Les notes utilisées dans la musique vietnamienne sont : Ho, Xu, Y, Sang, xe, Cong, Fan.
On rencontre dans la musique vietnamienne des échelles ditoniques, tritoniques, tétratoniques et pentatoniques, avec ou sans degrés auxiliaires. L’échelle de base est la suivante :

Ces degrés n’ont pas de hauteur absolue. Cette échelle de base peut prendre plusieurs aspects d’octave, différents selon les « diêu » (= modes). Dans la musique savante, on distingue 2 groupes de diêu, Bac et Nam, avec des « nuances modales » (hoi).
46 điêu dans la musique de chambre des régions du Nord. 20 dans les régions centrales. 80 dans les régions du Sud.

Echelle nam :



En résumé, la musique traditionnelle Vietnamienne est caractérisée par 2 modes BAC et NAM qui traduisent des sentiments Gais et Triste. Ces Modes sont qualifiées par des nuances qui précisent un peu plus ces sentiments : exemple Mode BAC et nuance THIEN qui exprime la sérénité dans la musique religieuse, mode BAC et nuance QUANG qui exprime des airs teintés de musique chinoise. Il existent une multitude de nuances (XUAN / printemps, AI / lamentation, OAN / Dramatique, CO / Nostalgie, PHA / Mélange...).

Rythme et métrique

La syncope caractérise la musique vietnamienne (ce qui la distingue de la musique chinoise). Certaines pièces sont sans mesures et sans métrique. Utilisation de rythmes non métriques. Utilisation de la polyrythmie et de cycles rythmiques de 1, 2, 3, 4 et 8 pulsations (avec importance de la dernière pulsation [comme Indonésie…]). Les mesures ternaires sont très rares.
3 principaux mouvements métronomiques : hoãn diêu (= lent), binh diêu (= modéré) et câp diêu (= rapide).



LIENS



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À propos de nicolas martello

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