Musique de Turquie




D'origine très ancienne, la musique classique turque mêle des accents arabes et persans. En Turquie, elle s'est épanouie à l'époque ottomane (15è siècle) sous une forme modale, homophonique, dont la base était la voix. C'était alors une musique savante réservée aux élites. Plus tard, elle s'enrichit de sonorités occidentales grâce à des musiciens tels que Donizzetti (1797-1848), en même temps que des compositeurs d'origine grecque, arménienne ou juive apportaient de nouvelles harmonies.


HISTOIRE

Origines : à ses débuts, l’histoire de la musique savante turque se confond avec celle de la musique du Moyen-Orient en général. Les tribus turques se convertissent à l’Islam. Développement de conceptions spiritualistes auxquelles on doit les premières réflexions sur les phénomènes acoustiques et musicaux (Farabi et Ibn Sina aux 10ème et 11ème siècles ; Safieddîn au 13ème siècle).
16ème et 17ème siècles :
19ème et 20ème siècles : du temps de Mahmud II se produisirent deux événements essentiels pour l’histoire de la musique turque : l’abolition du corps des janissaires en 1826 qui marqua la fin de l’ancienne musique militaire turque, le mehter, et l’introduction de la musique occidentale à la cour avec la nomination de Guiseppe Donizetti comme chef de l’orchestre impérial. L’influence étrangère (occidentale) accoutume la musique turque.
Période moderne : Formation d’un cercle de personnalités qui comprenait souvent de bons musiciens. Attachement à la tradition et volonté de préserver l’héritage spirituel (face au progrès occidental aux bienfaits douteux).



GENRES

La musique est divisée en deux catégories : musique religieuse et musique profane.

1°) Musique religieuse

a) Musique de mosquée
Elle est exécutée pour rendre les textes religieux plus attrayants (sans accompagnement instrumental). Ses formes sont :

Ezan
Sela
Kiraat
Munacaat
Na’t
Mevlit
Miraciye
Temcid
Ilahi

b) Musique des Derviches

Bien que toutes les sectes religieuses aient leur propre musique, cette branche particulière fait référence aux ordres des Mevlevi et des Bektâchî. La musique est vocale ou instrumentale. Il existe beaucoup de formes comme par exemple : Ilâhi, Na’t, Durak, Mersiye, Ik Pesrev, Mevlevi Ayini, Son Pesrev, Yoruk Semai, Nefes, Savt.
Les Mevlevi attachèrent une grande importance à l’introduction de la musique dans leurs cérémonies.


2°) Musique profane

a) Musique instrumentale

Taksim, Pesrev, Saz Semai. Medhal (Longa, Sirto, Ciftetelli, Zeybek).

Taksim :
Peşrev et saz-semaî :
Peşrev :
Saz-semaî :
Sirto et la longa :
Fasil ou cycle des morceaux formant un concert :

b) Musique vocale

Kar, Beste (Murabba), Agir Semai, Yoruk Semai, Naks, Zengin Semai, Karce, Kar-i Natik, Sarki et bien d’autres…

Casside et ghazel : formes les plus célèbres. Le casside peut être de longueur variable, il peut aller de 15 à 99 vers, qui eux-mêmes peuvent être plus ou moins longs. Les mètres choisis de préférence sont le ïambe, le dactyle et le trochée. Le rythme, une fois établi, doit être suivi sans variation possible. Le ghazel est plus court, mais très proche du casside. Son contenu est de nature plus lyrique. Il a de 3 à 15 couples de vers.
Sarki :
Beste :
Murabba :
Kâr : type de chant très long. Composé de 2 à 5 parties, comportant des strophes de 4, 6 ou 8 vers. Une particularité est qu’il est composé d’un passage avec des syllabes dépourvues de sens (placé avant la première strophe).
Semaî :
Taksim Layali : improvisations vocales, très répandues dans la musique arabe et qui existèrent et sont même toujours pratiquées en Turquie. On y chante des syllabes dépourvues de sens.

La musique folklorique turque est, essentiellement, de caractère descendant.



FORMES

Les formes de la musique savante turque ne sont pas très nombreuses. Elles se limitent à quelques modèles qu’on peut d’ailleurs traiter avec une certaine liberté, car il n’y a aucune exigence de thème ni de contrepoint. Mais cette pauvreté des formes est largement compensée par la recherche de toutes les possibilités offertes par la structure mélodique et rythmique ou par l’interprétation. Cette liberté est un des traits essentiels de la musique orientale. Seule la forme proposée n’est pas altérée (on a cependant la possibilité d’improviser des formes dans certains genres de musique prévus à cet effet).
Dans une culture musicale essentiellement vocale, il n’est pas étonnant que les formes instrumentales soient en minorité. Les formes vocales ne représentent pas toutes un genre musical distinct. Beaucoup se différencient uniquement par le texte et la versification.

Le fasil est une suite de pièces vocales et instrumentales sur un mode musical principal, le makam. Il est accompagné par un petit ensemble comprenant le luth à manche long tanbûr, le luth à manche court ud, la cithare sur table kanun, la vièle kemençe, et éventuellement des instruments à percussion aux sonorités discrètes.
Les pièces instrumentales sont soit des préludes ou interludes en plusieurs parties alternant avec un refrain (peshrev, semai), soit des improvisations (taksim). Les chants sont généralement des pièces strophiques composées de plusieurs quatrains (beste, agir semai, yuruk semai, murabba). Seul le kâr est un chant long non mesuré dans lequel la voix peut se déployer très largement.

A la fin du 18ème siècle, le fasil cède la place à une forme empruntée à la musique populaire citadine, le sharki. Ce chant de caractère léger est composé de plusieurs cycles rythmiques et les vers chantés peuvent être entrecoupés de longues ritournelles instrumentales, l'ensemble aboutissant à une oeuvre à la fois complexe et complète.


INSTRUMENTS

1°) Instruments musique savante

Instruments rythmiques : def (tambour de basque muni de 5 paires de cymbalettes) ; zil, halile et calpara (cymbales) ; mazhar (sorte de tambour de basque de dimension variée, sans grelots) ; kudüm (2 petites timbales faites de métal recouvert de préférence de peau de chèvre et dont on joue au moyen de 2 baguettes) ; nakkare

Instruments à vent : zurna   (hautbois à disque) ; boru (trompette) ; ney ou nay (grande flûte en roseau à 7 trous munie d’une embouchure en forme de cône tronqué [il en existe beaucoup de sorte suivant leur registre : esas ney, ara ney et nisfiye]) ; nisfiyye (ney de petite dimension) ; giriff mizmar.

Instruments à cordes : kanun (cithare trapézoïdale à 72 cordes) ; tambur ou tanbur ou tampur (luth à manche long et à 8 cordes groupées par deux) ; ud (luth à manche court et à 5 cordes doubles plus une corde seule) ; lavta (luth à manche court et à 4 cordes doubles accordées en quinte) ; ikliğ (le terme signifie « jouer avec un archet », luth à long manche et à 2 cordes) ; kemençe (vièle à 3 cordes) ; santur.


Davul-zurna : ensemble typiquement turc.
Dans les villages, le davul-zurna, qui marque toutes les fêtes et cérémonies, les luttes, le « djirit » (jeu de javelot à cheval) etc.

2°) Instruments populaires :

Instruments rythmiques : def (tambour de basque muni de 5 paires de cymbalettes) ; davul (sorte de grosse caisse primitive suspendue au cou du joueur par une corde) ; deblek et dümblek (sortes de timbales très petites) ; darbuka (cruche en terre cuite couverte de peau) ; kashik (cuillers en bois).

Instruments à vent : zurna (hautbois primitif) ; mey (sorte de hautbois au tuyau large et mesurant au maximum 35 cm [à son grave et doux]) ; sipsi (clarinette à 6 trous qu'on trouve aussi en Yougoslavie et dans les Balkans) ; Çığırtma (flûte de berger à 7 trous faite en os d’aigle) ; argun ou argul (instrument à double tuyau, équivalent du zamr ou zummara arabe) ; çifte (clarinette double) ; kaval (flûte de berger, simple tuyau long d’environ 80 cm) ; düdük ou dilli düdük [düdük à anches] (sonorité proche du kaval) ; tulum (clarinette en bambou) ; tulum-zurna (cornemuse munie de 2 petits tuyaux dont un sert de bourdon [usité à l’Est de la mer Noire]).

Instruments à cordes : rebab ; kemençe (vièle à 3 cordes, le plus souvent accordé par 4te mi-la-ré) ; kabak   (kabak signifie calebasse [qui constitue la caisse de résonance cet instrument à  archet]) ; keman ; tar  (luth d'origine perse, à caisse en forme de "8") ; kopuz (luth) ; cumbus (luth à caisse métallique) ; cura (le plus petit instrument à cordes pincées, 3 cordes, environ 50 cm) ; bağlama (luth à 6 cordes [2-2-2]) ; bozuk (luth à 8 cordes [3-2-3]) ; saz ou asik sazi (grand luth à 9 cordes [3-3-3]) ; meydan sazi (luth à 12 cordes [4-4-4]) ; Muni ; Ceng ; Cogur ; Sestar.




THÉORIE

makam (= modes) et usul (cycles rythmiques).
Koma = note.

1. Les intervalles
Les altérations accidentelles :


2. Le makam

Les tétracordes :

Les makam :


3. L’usul
Les usul sont divisés en deux types : kucuk (petit) et buyuk (grand). Aujourd’hui le kucuk usul (petit cycle) est largement utilisé.
Quelques exemples de kucuk usul :
2 temps: "Nim Sofyan"
3 temps: "Semai"
4 temps : "Sofyan"
5 temps : "Turk Aksagi"
6 temps : "Yoruk Semai"
7 temps : "Devr-i Turan" et "Devr-i Hindi"
8 temps : "Duyek" et "Musemmen"
9 temps : "Aksak", "Evfer" et "Raks Aksagi"
10 temps : "Aksak Semai" et "Oynak"


LIENS



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À propos de nicolas martello

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