La séquence Dies Irae


Le « Dies Irae » est une séquence qui comporte 20 strophes. La structure mélodique consiste pour l’essentiel en 3 phrases ABC auxquelles s’ajoutent 3 phrases supplémentaires DEF pour les dernières strophes.

Forme : AABBCC puis de nouveau AABBCC avec nouveau texte et enfin pour finir AABBCDEF, autrement dit AABBCC AABBCC AABBC DEF.




La composition de cette séquence est attribuée au franciscain italien Thomas de CELANO vers 1250 (elle est donc très tardive).
Le « Dies Irae » s’est introduit dans la messe des morts (appelée REQUIEM) en Italie au 14ème siècle, en France au 15ème siècle et le Missel romain (donc officiel) ne l’a accueilli qu’en 1585 (autrement dit après le Concile de Trente). C’est le Concile de Trente qui en a généralisé l’emploi.
C’est une des mélodies, malgré son usage liturgique, les plus populaires du répertoire latin qui a été largement utilisée au 19ème siècle dans la musique symphonique chaque fois qu’il y avait lieu d’évoquer quelque chose de macabre…

Mode de cette séquence : 1er mode = mode de ré (mode dorien).

Requiem : ce terme désigne la messe des défunts. C’est donc de la musique RELIGIEUSE. Il s’articule en 9 sections généralement : introït, kyrie, offertoire, sanctus, pie jesus, agnus dei, lux aeterna, libera me, in paradisum. Parmi les requiems célèbres figurent ceux de Mozart, Berlioz et Verdi.

Le texte du Dies Irae est continuellement partagé entre la crainte (parfois même la terreur) et l’espoir.

Dies irae dies illa,
solvet saeculum in favilla ;
teste David cum Sibilla.

Quantus tremor est futurus,
quando judex est venturus,
cuncta stricte discussurus !

Tuba mirum spargens sonum
per sepulchra regionum
coget omnes ante thronum.

Mors stupebit et natura
cum resurget creatura
judicanti responsura.

Liber scriptus proferetur
in quo totum continetur
unde mundus judicetur.

Judex ergo cum sedebit,
quidquid latet apparebit,
nil inultum remanebit.

Quid sum miser tunc dicturus ?
Quem patronum rogaturus ;
Cum vix justus sit securus ?

Rex tremendae majestatis,
qui salvandos salvas gratis,
salva me, fons pietatis.

Recordare, Jesu pie,
quod sum causa tuae viae,
ne me perdas illa die.

Quaerens me sedisti lassus,
redemisti crucem passus,
tantus labor non sit cassus !

Juste judex ultionis,
donum fac remissionis
ante diem rationis.

Ingemisco tamquam reus,
culpa rubet vultus meus ;
supplicanti parce Deus,

Qui mariam absolvisti
Et latronem exaudisti
mihi quoque spem dedisti.

Preces meae non sunt dignae,
sed tu bonus fac benigne
ne perenni cremer igne.

Inter oves locum praesta,
et ab haedis me sequestra
statuens in parte dextra.

Confutatis maledictis,
flammis acribus addictis,
voca me cum benedictis.

Oro supplex et acclinis,
Cor contritum quasi cinis ;
gere curam mei finis.

Lacrymosa dies illa
qua resurget ex favilla

judicandus homo reus
huic ergo parce Deus,

pie Jesu, Domine,
dona eis requiem ! Amen.

Jour de colère, ce jour-là,
qui réduira le monde en poussière
comme l'attestent David et la Sibylle.

Quelle terreur sera
lorsque le juge viendra
pour tout examiner avec rigueur.

La trompette jetant ses sons étonnants
parmi les régions des tombeaux
assemble tous de force devant le trône,

La mort et la nature seront stupéfaites
lorsque ressuscitera la créature
pour répondre au juge.

Un livre écrit sera apporté
dans lequel tout sera contenu
par quoi le monde sera jugé.

Lorsque donc le juge siégera,
tout ce qui est caché apparaîtra,
rien ne demeurera impuni.

Que dirai-je alors, misérable,
quel avocat demanderai-je,
alors que le juste sera à peine en sécurité ?

Roi de terrible majesté
qui sauvez ceux qui doivent être sauvés
sauvez-moi, source de pitié.

Souvenez-vous, Jésus plein de bonté,
que je suis la cause de votre route,
ne me perdez pas en ce jour-là.

En me cherchant vous vous êtes assis de fatigue,
vous m'avez racheté en souffrant la croix ;
que tant de peine ne soit pas vaine !

Juge juste dans votre vengeance,
accordez-moi la rémission
avant le jour du règlement de comptes.

Je gémis comme un coupable,
la faute fait rougir mon visage,
pardonnez à celui qui vous implore.

Vous qui avez absous Marie-Madeleine,
qui avez exaucé le bon larron,
vous m'avez donné l'espoir à moi aussi.

Mes prières ne sont pas dignes d'être exaucées,
vous qui êtes bon, faites par votre miséricorde
que je ne brûle pas dans le feu éternel.

Donnez-moi une place parmi vos brebis,
séparez-moi des boucs
en me plaçant à votre droite.

Les maudits confondus,
voués aux âcres flammes,
appelez-moi avec ceux qui sont bénis !

Je prie, suppliant et prosterné,
le cour contrit comme cendre ;
prenez soin de mon heure dernière.

Jour de larmes que ce jour-là
où ressuscitera de la poussière

l'homme coupable pour être jugé.
Épargnez-le donc, ô Dieu,

Jésus plein de pitié, Seigneur,
donnez-leur le repos. Amen.

Au moment du Concile de Trente (c’est le Concile de la contre-réforme, qui a cherché à revenir à l’origines de la liturgie, à supprimer tout ce qui lui semblait des acquis du Moyen Age qui avaient été à la source peut-être des réformes protestantes), c’est à dire environ en 1563, a supprimé toutes les séquences sauf 5 (sur les 4500) qui étaient trop populaires pour qu’on les supprima : « Victimae Paschali Laudes » (séquence de Pâques, sans doute la plus ancienne), « Veni, Sancte Spiritus » (séquence de la Pentecôte), « Lauda Sion » (séquence de la paix de Dieu), « Stabat Mater » (séquence des 7 douleurs de la bien heureuse Vierge Marie [c’est une fête du 15 septembre]), « Dies Irae » (séquence des morts : pour les funérailles).

Le concile de Vatican II (dans les années 1960) a jugé que le « Dies Irae » était sans doute un petit peu trop triste et puis que c’était une séquence trop tardive alors on l’a supprimé également. Donc officiellement, aujourd’hui, il n’en reste que quatre.
Le paradoxe de tout cela c’est que pour les compositeurs romantiques donc du 19ème siècle ces 5 séquences représentaient le type même du plain-chant (mais au contraire on sait maintenant qu’il s’agit de formes bien tardives, bien dérivées et qui n’ont que de très vagues souvenir avec le plain-chant des origines ou le chant grégorien).


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À propos de nicolas martello

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